Courmayeur dort là-bas, encaissé dans la vallée profonde où la Doire déroule son ruban d'argent; vers le Sud-Ouest, les Aiguilles de Peteret montent à l'assaut du Mont-Blanc. Au Nord-Ouest, dans un farouche silence dorment les lacs glaciaires et le gigantesque fleuve du Géant, au pied des Aiguilles de Chamonix, que l'on voit d'ici «élevées et grandioses, dit Théodore Camus, ruines idéales de cathédrales gothiques que des peuples de géants auraient mis cent siècles à construire. De leurs croulantes murailles brunies par le temps, les clochetons de pierre ciselée, instables, jettent leur ombre sur les blanches draperies déployées, sur les arêtes et sur les toits d'argent... tout à l'heure, draperies de pourpre, arêtes et toits d'or quand le soleil va descendre.»

Aiguilles de Chamonix, dont je ne veux rien dire, car Guido Rey vous a placées trop haut, vous qui deviez être pour nous le merveilleux pays où nous aurions fait ensemble le plus pieux des pèlerinages, dites-moi si mon pauvre ami si cher, du fond de l'effroyable crevasse des Aiguilles d'Arves, a vu passer devant ses yeux votre image mystérieuse en une dernière vision de l'Alpe?

«Ah! que ne nous a-t-il été donné, de nous retrouver réunis encore une fois, ami, sur un sommet du monde[1]

La Pointe Sella.

[1] Guido Rey: Alpinisme Acrobatique.