Bien que la convocation ne fût que pour une heure, et que midi vînt à peine de sonner, Clerambault était pressé de sortir; il craignait d’être en retard.
Il n’eut pas loin à aller. Ses amis n’eurent pas à le défendre contre la meute qui l’attendait aux abords du Palais, fort clairsemée d’ailleurs: car les nouvelles du jour la distrayaient de celles de la veille. A peine quelques lâches mâtins, plus bruyants qu’inquiétants, eussent tâché, tout au plus, de donner un coup de dent, prudemment, par derrière.
Ils étaient arrivés au coin de la rue de Vaugirard et de la rue d’Assas. Clerambault, s’apercevant d’un oubli, quitta un moment ses amis, pour remonter prendre des papiers dans son appartement. Ils restèrent, à l’attendre. Ils le virent traverser la chaussée. Sur le trottoir d’en face, près d’une station de voitures, un homme de son âge, un bourgeois aux cheveux gris, pas très grand, un peu lourd, l’aborda. Ce fut si bref qu’ils n’eurent même pas le temps de crier. Un échange de mots, un bras qui se tend, un coup qui claque. Ils le virent chanceler et coururent.—Trop tard!
Ils l’étendirent sur un banc. Une foule, plus curieuse qu’émue (on en avait tant vu! on en avait tant lu!) se pressait, regardait:
—Qui est-ce?
—Un Défaitiste.
—Ça va bien, alors. Ces salauds nous ont fait assez de mal!
—Il y a plus grand mal que de souhaiter que la guerre finisse.
—Il n’y a qu’un moyen qu’elle finisse, c’est de la faire jusqu’au bout. Ce sont les pacifistes qui prolongent la guerre.
—Tu peux dire qu’ils l’ont causée. Sans eux, il n’y en aurait pas eu. Le Boche comptait sur eux...