—Je m’en moque. Et de quoi? D’un procès devant l’official? Allons-y! Je suis prêt.

—Ah! mon monsieur, si ce n’était qu’un bon procès!

—Qu’est-ce donc? Parle!

—Ils sont là-bas, chez le grand Picq, qui font des signes cabalistiques, des ésorchixmes, comme on dit, et qui chantent: «Saillez, mulots et hannetons, saillez des champs, allez manger dans le verger et dans la cave du curé!»

À ces mots, Chamaille bondit:

—Ah! ces maudits! Dans mon verger, leurs hannetons! Et dans ma cave... Ils m’assassinent! Ils ne savent plus qu’inventer! Ah! Seigneur, saint Simon, venez au secours de votre curé!

Nous tentâmes de le rassurer, nous riions bien!

—Riez! riez! nous cria-t-il. Si vous étiez à ma place, mes beaux esprits, nous ne ririez pas autant. Eh! parbleu, je rirais aussi, en votre peau: c’est bien commode! Mais je voudrais vous voir devant cette nouvelle, et préparant table, cellier, appartement, pour recevoir ces garnements!... Leurs hannetons! c’est écœurant... Et leurs mulots!... Je n’en veux pas! Mais c’est à se casser la tête!

—Eh! quoi, lui dis-je, n’es-tu pas le curé? Que crains-tu? Désexorcise-toi! N’en sais-tu pas vingt fois plus que tes paroissiens? N’es-tu pas plus fort qu’eux?

—Hé! Hé! je n’en sais rien. Le grand Picq est très malin. Ah! mes amis! Ah! mes amis! Quelle nouvelle! Ah! les bandits!... J’étais si bien, si confiant! Ah! rien n’est sûr! Dieu seul est grand. Que puis-je faire? Je suis pris. Ils me tiennent... Mon Héloïse, va, cours leur dire qu’ils s’arrêtent! Je viens, je viens, il le faut bien! Ah! les gredins! Quand, à mon tour, sur leur grabat, je les tiendrai... En attendant (Fiat voluntas...) c’est moi qui passe par leur trente-six volontés!... Allons, il faut boire la coupe. Je la boirai. J’en ai bu d’autres!...