—Brigand! Te voilà revenu! Enfin, me diras-tu comment, depuis neuf heures, de Beuvron à Béyant, tu as passé le temps? Le feignant! Quel malheur! Quand serais-tu rentré, si je ne t’avais pris? Au logis, scélérat! Mon dîner est brûlé.
Je dis:
—Le prix, tu l’as. Mes amis, vous aurez beau faire: pour ce qui est du chant, auprès de celle-là, vous êtes de petits enfants.
Mon éloge ne fit que la rendre plus vaine. Elle nous régala encore d’un morceau. Nous criâmes:
—Bravo!... Et maintenant, rentrons. Va devant. Je te suis.
Ma femme rentrait donc, en tenant par la main ma Glodie, et suivie par les deux apprentis. Docile, mais sans hâte, j’allais en faire autant, quand de la ville haute un bruit joyeux de voix, des sonneries de cors, et le gai carillon de la tour Saint-Martin me firent, vieux flaireur, renifler l’air, en quête d’un spectacle nouveau. C’était le mariage de M. d’Amazy avec Mlle Lucrèce de Champeaux, fille du receveur des tailles et taillon.
Pour voir entrer la noce, les voilà tous qui prennent leurs jambes à leur cou, et grimpent quatre à quatre vers la place du château. Vous pensez si je fus le dernier à courir! Ce sont là des aubaines qu’on n’a point tous les jours. Seuls, Trinquet et Gadin et Fétu, les flâneurs, ne daignèrent lever leur derrière vissé au bord de la rivière, disant que ce n’était à eux, gens du faubourg, d’aller faire visite aux bourgeois de la tour. Certes, j’aime l’orgueil, et l’amour-propre est beau. Mais lui sacrifier mon divertissement..., serviteur, mon amour! Ta façon de m’aimer vaut celle du curé qui me fouettait gamin, disait-il, pour mon bien...
Bien que j’eusse avalé d’un seul trait l’escalier de trente et six degrés qui monte à Saint-Martin, j’arrivai (quel malheur!) sur la place trop tard pour voir la noce entrer. Fallut donc (c’était de toute nécessité) que j’attendisse qu’elle sortît. Mais ces sacrés curés n’en ont jamais assez de s’entendre chanter. Pour occuper le temps, je parvins à entrer, à grand-sueur, dans l’église, en foulant gentiment les bedons complaisants et les coussins charnus; mais je me trouvai pris, à l’entrée du parvis, sous l’édredon humain, ainsi que dans un lit, bien au chaud, sous la plume. N’eût été l’endroit saint, j’avoue que j’aurais eu quelques pensées folâtres. Mais il faut être grave, il y a temps et lieu; et quand je dois, je puis l’être comme un baudet. Mais il arrive aussi que le bout de l’oreille reparaît quelquefois, et que le baudet brait. Il arriva ce jour: car, tandis que, dévot et discret, je suivais, en bâillant pour mieux voir, le joyeux sacrifice de la chaste Lucrèce à M. d’Amazy, quatre trompes de chasse, par saint Hubert, sonnèrent, accompagnant l’office, en l’honneur du chasseur; la meute seule manquait: on le regrettait bien. Moi, j’avalai mon rire; et naturellement, je ne pus m’empêcher de siffler (mais tout bas) la fanfare. Seulement lorsque vint le moment fatidique, où à la question du curé curieux la mariée répond: «Oui», et que, gaillardement, les joues gonflées sonnèrent la prise, c’en fut trop, je criai:
—Hallali!
Vous pensez si l’on rit! Mais le suisse arriva, en fronçant le sourcil. Je me fis tout petit, et me glissant le long des croupes, je sortis.