Il mit la main sur ses yeux, et se détourna, pour cacher son émotion.

—Ne soyez pas triste, dit-elle, en lui posant la main sur sa main.

À ce moment encore, il pensa à la petite fille d'Allemagne. Ils se turent.

—Pourquoi êtes-vous venu si tard? demanda-t-elle enfin. J'ai cherché a vous voir. Vous n'avez jamais répondu.

—Je ne savais point, je ne savais point, fit-il... Dites-moi, c'est vous qui tant de fois m'êtes venue en aide, sans que j'aie pu deviner?... C'est à vous que je dois d'avoir pu retourner en Allemagne? C'est vous qui étiez mon bon ange, qui veilliez sur moi?

Elle dit:

—J'étais heureuse de pouvoir quelque chose pour vous. Je vous dois tant!

—Quoi donc? demanda-t-il. Je n'ai rien fait pour vous.

—Vous ne savez pas, dit-elle, ce que vous avez été pour moi.

Elle parla du temps où, fillette, elle le rencontra chez son oncle Stevens, et où elle eut, par lui, par sa musique, la révélation de tout ce qu'il y a de beau dans le monde. Et peu à peu, s'animant doucement, elle lui raconta, par brèves allusions transparentes et voilées, ses émotions d'enfant, la part qu'elle avait prise aux chagrins de Christophe, le concert où il avait été sifflé et où elle avait pleuré, et la lettre qu'elle lui écrivit et à laquelle il ne répondit jamais: car il ne l'avait pas reçue. Et Christophe, en l'écoutant, de bonne foi projetait dans le passé son émotion présente et la tendresse qui le pénétrait pour le tendre visage qui était penché vers lui.