—Je ne l’aime plus!...
En vain!... Elle l’aimait encore. Elle l’aimait plus que jamais. Peut-être pas avec le plus noble d’elle—(mais qu’est-ce qui est noble? ou qu’est-ce qui ne l’est pas?)—Si! avec le plus noble aussi, et avec le moins! Corps et âme!... S’il suffisait de ne plus estimer, pour ne plus aimer! Comme ce serait commode!... Mais souffrir par l’aimé n’a jamais dispensé de l’aimer: on n’en sent que plus cruellement qu’on est forcé de l’aimer!... Annette souffrait dans son amour blessé—par le manque de confiance, le manque de foi en elle, le manque d’amour profond de Roger. Elle souffrait dans l’amer sentiment de tant d’espoirs détruits, qu’elle couvait sans les montrer au jour. C’était parce qu’elle aimait si ardemment Roger qu’elle tenait à lui faire accepter son indépendance. Elle voulait être pour lui plus qu’une femme qui abdique, passive, dans l’union,—un libre et sûr compagnon.—Il n’en faisait point de cas. Elle en ressentait une douleur, une colère de passion offensée...
—Non! non! je ne l’aime plus! je ne dois plus, je ne veux plus...
Mais sa force se brisa; et, sans même achever son cri de révolte, elle pleura... Dans la nuit, en silence... Sous la glace de la raison, hélas! elle était brûlée... Ce qu’elle ne voulait pas dire: tout ce qui était à elle, même son indépendance, quelle joie elle aurait eue à le lui sacrifier, si seulement il avait eu un mouvement généreux, un geste, un simple geste, pour se sacrifier, lui, plutôt que de la sacrifier!... Elle ne l’eût pas laissé faire. Elle n’eût rien demandé de plus qu’un élan du cœur, une preuve de vrai amour... Mais bien qu’il l’aimât à sa manière, cette preuve, il eût été incapable de la donner. Cela n’entrait pas dans sa pensée. Il eût jugé le vœu d’Annette une exigence de femme, qu’il faut prendre en souriant, mais qui n’a pas grand sens. Que pouvait-elle souhaiter? Pourquoi diable pleurait-elle?—Parce qu’elle l’aimait? Eh bien, alors?...
—«Vous m’aimez, n’est-ce pas? Vous m’aimez? C’est l’essentiel...»
Ah! ce mot, elle ne l’avait pas oublié non plus!...
Annette sourit au milieu de ses larmes. Pauvre Roger! Il était ce qu’il était. On ne lui en veut pas. Mais on ne se changera pas. Ni lui, ni moi. On ne peut pas vivre ensemble...
Elle essuya ses yeux.
Après une nuit blanche—(elle ne s’était assoupie qu’une ou deux heures, à l’aube)—Annette se leva, résolue. Avec la lumière du jour, le calme lui était revenu. Elle s’habilla, se coiffa, méthodiquement, froidement, écartant de sa pensée tout ce qui pouvait éveiller ses doutes, attentive à sa toilette, qu’elle fit méticuleuse, minutieusement correcte, plus encore qu’à l’ordinaire.