Vers neuf heures, Roger frappa gaiement à sa porte. Il venait la chercher, comme chaque matin, pour une promenade.
Ils partirent, escortés par un chien gambadant. Ils prirent un chemin qui s’enfonçait sous bois. Les jeunes bois verdissants étaient criblés de soleil. Les rameaux ruisselaient de chants, de cris d’oiseaux. Chaque pas éveillait des vols, des battements d’ailes, des frôlements de feuilles, des froissements de branches, des fuites éperdues à travers la forêt. Le chien, surexcité, jappait, flairait, zigzaguait. Des geais se chamaillaient. Dans la coupole d’un chêne, deux ramiers rouissaient. Et très loin, le coucou tournait, tournait, plus loin, plus près, redisant inlassable sa vieille plaisanterie. C’était l’explosion de la crise du printemps...
Roger, bruyant, très gai, riant, excitant son chien, était lui-même comme un grand chien heureux. Annette, silencieuse, suivait, à quelques pas. Elle pensait:
—C’est ici... Non, là-bas, au détour...
Elle regardait Roger. Elle écoutait la forêt. Comme tout deviendrait autre, après qu’elle aurait parlé!... Le détour était passé. Elle n’avait point parlé... Elle dit:
—Roger...
d’une voix mal assurée, presque basse, qui tremblait... Il ne l’entendit pas. Il ne remarquait rien. Devant elle, baissé, il cueillait des violettes; et il parlait, parlait... Elle reprit:
—Roger!
cette fois, avec un tel accent de détresse qu’il se retourna, saisi. Et tout de suite, il vit la pâleur du visage mortellement sérieux; il vint à elle... Il avait peur déjà. Elle dit:
—Roger, il faut nous séparer.