—Pauvre Annette!

Il se reprit:

—Chère Annette!...

Elle sortait de la maison. Aussi calme, toujours. Mais très pâle... Qui peut dire tout ce qui s’était passé, pendant les courts instants qu’il l’avait laissée seule, les assauts de la passion, la douleur, le renoncement?... Roger n’en vit rien, il était occupé de lui. Il alla à elle, et voulut recommencer ses protestations. Elle mit un doigt sur sa bouche: Silence!... A la haie qui ceignait le jardin, elle cueillit un rameau d’aubépine, elle le cassa en deux, et lui en donna la moitié. Et, sortant avec lui de la propriété, sur le seuil, elle posa sa bouche sur celle de Roger.

Ils revinrent sans parler, à travers la forêt. Annette l’avait prié de ne pas rompre le silence. Il lui tenait le bras. Il avait l’air très tendre. Elle souriait, les yeux demi-fermés. C’était lui, cette fois, qui dirigeait ses pas. Il ne se souvenait plus qu’il y avait une heure, ici, il avait pleuré...

Au fond de la forêt, les aboiements du chien poursuivaient un gibier...

Elle partit, le lendemain. Elle donna pour prétexte une lettre, une maladie subite de sa vieille parente. Les Brissot n’en furent pas dupes tout à fait. Mieux que Roger, ils avaient, depuis quelque temps, le soupçon qu’Annette leur échappait. Mais il convenait à leur dignité de n’en pas sembler admettre la possibilité et de croire aux raisons de ce brusque départ. Jusqu’à la dernière minute, on joua la comédie de la brève séparation et du prochain revoir. Cette contrainte était pénible à Annette; mais Roger l’avait priée de n’annoncer sa décision que plus tard, de Paris; et Annette s’avouait qu’elle eût été bien gênée de l’apprendre, de vive voix, aux Brissot. On échangea donc, en se quittant, des sourires, des mots mièvres, et des embrassements, où le cœur n’était guère.

Roger accompagna de nouveau, en voiture, Annette à la station. Ils étaient tristes tous deux. Honnêtement, Roger avait renouvelé à Annette sa demande de l’épouser; il s’y croyait tenu: il était gentleman. Il l’était trop. Il s’attribuait aussi, maintenant, le droit de faire sentir son autorité,—dans l’intérêt d’Annette. Il jugeait qu’en se donnant, Annette ayant abdiqué, la situation n’était plus tout à fait égale entre eux et qu’il devait maintenant exiger le mariage. Annette voyait trop que, s’il l’épousait à présent, il s’estimerait mille fois plus justifié qu’avant à la tenir en tutelle. Certes, elle lui savait gré de sa correcte insistance. Mais... elle refusa. Roger en fut secrètement irrité. Il ne la comprenait plus... (Il pensait l’avoir jamais comprise!)... Et il la jugea sévèrement. Il ne le montra point. Mais elle le devina, avec un mélange de tristesse et d’ironie,—et de tendresse toujours... (C’était toujours Roger!...)

Près d’arriver, elle mit sa main gantée sur la main de Roger. Il tressaillit:

—Annette!