Roger attendait, avec la voiture, à la petite gare de Bourgogne, où Annette descendit le lendemain. Aussitôt qu’elle le vit, ses soucis s’envolèrent. Roger était si heureux! Elle ne l’était pas moins. Elle sut gré aux dames Brissot d’avoir trouvé de mauvaises excuses pour n’être pas venues la chercher.

Un soir clair de printemps. L’horizon d’or encerclait les molles ondulations de blonde verdure nouvelle et de roses labours. Les alouettes gazouillaient. La charrette à deux roues volait sur la route blanche, qui sonnait sous les pas du petit cheval ardent; et l’air vif fouettait les joues rouges d’Annette. Elle se tenait serrée contre le jeune compagnon qui, tout en conduisant, lui riait et lui parlait et, brusquement, se penchant sur ses lèvres, lui prenait et donnait un baiser, à la volée. Elle ne résistait pas. Elle l’aimait, elle l’aimait! Cela ne l’empêchait pas de savoir que tout à l’heure elle recommencerait de le juger, de se juger. Autre chose est de juger, autre chose est d’aimer. Elle l’aimait comme cet air, comme ce ciel, comme ce souffle de prairie, comme un morceau du printemps. A demain, de faire le jour dans sa pensée! Elle se donnait congé pour aujourd’hui. Jouissons de cette heure délicieuse! Elle ne sera pas deux fois... Il lui semblait voler au-dessus de la terre, avec son bien-aimé.

On fut trop tôt arrivé, bien qu’au dernier tournant, en montant l’allée de peupliers, on allât à petits pas, et même, que s’arrêtant pour laisser souffler le cheval, à l’abri des hautes haies qui masquaient la façade du château, les deux jeunes gens s’étreignissent longuement sans parler.

Les Brissot s’empressèrent. Ils surent trouver des paroles délicates pour évoquer discrètement le souvenir de son père. Dans le cercle de famille, Annette, le premier soir, se laissait choyer, reconnaissante, attendrie; il y avait si longtemps qu’elle était privée de la chaleur affectueuse du foyer! Elle voulait se faire illusion. Chacun y mettait du sien. Sa résistance était engourdie...

Mais, au milieu de la nuit, comme elle se réveillait, écoutant une souris qui rongeait, dans le silence de la vieille maison, sa pensée évoqua l’idée de la souricière; elle se dit:

—Je suis prise...

Elle eut une angoisse, elle essaya de se raisonner:

—Non, non, je ne le veux pas, je ne le suis pas...

Une sueur nerveuse lui mouillait les épaules.

Elle dit: