—Pauvre petite folle!...
Annette, câlinement, lui demandait:
—Tu nous aideras?
Sylvie l'embrassa furieusement. Et elle montra le poing au mur:
—Gare à qui te touche!
Elle partit. Annette, fatiguée de la discussion, retomba dans son rêve. Cette fois, avec sa sœur, la partie était gagnée! Mais de la conversation, une inquiétude restait, un mot dit par Sylvie... Est-ce que l'enfant, un jour, pourrait lui reprocher?...
Sur le dos étendue, et ses mains sur son ventre croisées, elle écoutait en elle. En elle, le tout petit commençait à remuer. Annette lui parlait, bouche close, comme souvent. Elle lui demandait si elle faisait bien de le garder pour elle seule; elle le priait instamment de lui dire si elle avait raison, et s'il était content: car elle ne voulait rien faire, dont il pût la blâmer.—Alors, le tout petit, naturellement, répondit qu'elle faisait bien, et qu'il était content. Il dit qu'il la voulait â lui, à lui seul, et que, pour se vouer à lui, elle devait être libre et vivre seule avec lui. Elle et lui...
Annette rit de bonheur. Son cœur était si plein que la parole se tut. Et, la tête alourdie et grise de sa joie, lasse, elle s'endormit...
Dès que l'état d'Annette commença d'être visible, Sylvie obligea sa sœur à s'éloigner de Paris. C'était le début de l'automne; les amis en vacances ne tarderaient pas à rentrer. Contrairement à ce qu'on pouvait craindre, Annette n'opposa point de résistance. Elle n'avait pas peur de l'opinion; mais toute cause de dissentiment, à cette heure, lui eût été intolérable: que rien ne troublât son harmonie!
Elle se laissa conduire par Sylvie à une station de la Côte d'Azur; mais elle n'y resta point. Elle n'y trouvait pas le recueillement. Le voisinage de la mer lui causait un malaise. Annette était une terrienne; elle pouvait admirer l'océan, mais elle ne pouvait vivre en familiarité avec lui; elle subissait la fascination violente de son souffle; mais ce souffle ne lui était pas bienfaisant: il réveillait en elle trop de troubles cachés, il en faisait surgir qu'elle ne voulait pas connaître... Pas encore! Pas maintenant!... Il est des êtres qu'on n'aime pas, dit-on, parce qu'on craint de les aimer—(et donc, parce qu'on les aime?)—Annette se défendait contre la mer, parce qu'elle se défendait contre elle-même, contre une Annette dangereuse, qu'elle tenait à éviter...