Deux autres Messages, publiés au cours du mois de février, attestent que la maladie[159] ne peut avoir raison de son énergie, ni les efforts des médecins pour le tenir au repos ne sauraient l’empêcher d’accomplir son devoir de chef :
[159] Il s’en faut que, même à l’heure présente, Gandhi soit hors de danger. (Fin mars 1924.)
Le 16 février[160], il publie une Déclaration, au sujet des événements récents du Sud-Afrique, où le Parlement de l’Union examine un Class Areas Bill (Bill des enceintes de classes), parquant les Indiens dans d’étroites limites. Gandhi proteste contre cette violation des conventions signées en 1914, et refait toute l’histoire du mouvement Sud-Africain.
[160] Bengalee, Calcutta, 16 février.
Le 25 février[161], il adresse un message aux Sikhs Akalis, qui viennent d’entrer en collision avec la police britannique et de subir une sanglante fusillade, sur l’ordre d’un administrateur anglais. — Gandhi les rappelle strictement à la non-violence.
[161] Indian Daily News, Calcutta, 26 février.
Dirons-nous les transports de l’Inde, depuis la libération, — l’appel de Mohamed Ali, décrétant pour le 10 février un jour d’actions de grâces nationales, — l’union de toutes les confessions dans cet acte de remerciement religieux, — les meetings de 30.000 personnes à Bombay, — les grandes processions mahométanes, — les fêtes de toute l’Inde ? Des torrents d’amour se déversent sur Gandhi ; et les médecins ont beaucoup de peine à en préserver leur convalescent. Cet amour gagne jusqu’aux gardes qui le soignent, et aux Anglais mêmes : tel ce vieux retraité militaire de 82 ans, dont parle un journal anglais, et qui vient tous les deux jours à l’hôpital avec un bouquet de fleurs, entre sans qu’on puisse l’arrêter, serre chaleureusement la main au Mahatma, et s’en va, lui disant : « Allons, courage, mon vieux ! »
Lui, toujours paisible, maître de lui, s’obligeant à parler longuement aux visiteurs. Il est émacié, ratatiné : « Il semble à peine la moitié de lui-même… On a les larmes aux yeux en le voyant. » Mais qui l’entend parler, de sa voix douce et calme, avec son affectueuse courtoisie, est touché jusqu’au cœur de sa sérénité. Et qui, l’ayant déjà connu avant son emprisonnement, le revoit (comme ce jeune Parsi qui me racontait, ces jours derniers, sa visite à l’hôpital), est frappé du changement. Avant la prison, on le sentait, malgré sa force d’âme, attristé de soucis. Maintenant, il est toute lumière… « Une âme qui peut se dire vraiment en paix avec le monde[162]. »
[162] Dilip Kumar Roy — Combien j’aimerais à citer ici l’entretien que notre ami, le musicien hindou, D. K. Roy, eut le 2 février, à l’hôpital de Poona, avec Gandhi, sur la musique ! On y sent le grand cœur du Mahâtmâ, religieusement épris de la beauté de l’art, au point de « ne pas concevoir une évolution de la vie religieuse de l’Inde sans musique », mais comme les sages helléniques, et comme Gœthe, voyant le plus grand art dans la vie la plus belle. (The Bombay Chronicle, 5 février.)