In queste voci languide risuona
Un non so che di flebile e soave,
Che gli occhi a lacrimare invoglia[31]...
Ces admirables vers de Clorinde mourante semblent caractériser la poésie de Tasso, et la musique à la fois. Sa langue est une musique. L’Aminta chante mélodieusement à l’oreille et à l’âme, comme un opéra de Mozart. Ce sont de vrais couplets lyriques, avec la ritournelle. Ils appellent la musique: et, en effet, ils furent mis en musique[32], comme tant de poésies de Tasso.
Tasso adorait la musique. Elle tient une grande place dans sa vie. Son premier amour,—le premier du moins qui nous soit connu,—celui pour Lucrezia Bendidio, de Ferrare, fut causé par le chant de la jeune fille. Il l’a conté dans son gracieux sonnet:
Sa l’ampia fronte il crespo oro lucente...» (1561).
(Sur l’ample front, l’or frisé luisant...)
Il dit qu’il avait fermé les yeux pour échapper au danger de l’amour; mais il ne se défiait pas du pire des dangers:
Ma de l’altro periglio non m’accorsi,
Che mi fu per l’orecchie il cor ferito,
E i detti andaro ove non giunse il volto.
(Mais à l’autre péril je ne pris pas garde: par l’oreille, le coup me vint frapper au cœur; et les paroles atteignirent où les traits n’avaient pas pénétré.)
Plus tard, les premières poésies qu’il écrivit pour Léonore d’Este sont encore inspirées par la musique. C’est un sonnet à Léonore, à l’occasion de la défense qui lui avait été faite de chanter, parce qu’elle était malade:
Ahi ben è reo destin ch’invidia e toglie..(1566).
(Ah! cruel destin envieux!...)
La musique est donc associée à ses souvenirs d’amour. Ce sont là choses qu’on n’oublie pas.