[199] Dès 1873, Tolstoï écrivait: «Pensez ce que vous voudrez, mais de telle façon que chaque mot puisse être compris du charretier qui transporte les livres de l'imprimerie. On ne peut rien écrire de mauvais dans une langue tout à fait claire et simple.»

[200] Tolstoï a donné l'exemple. Ses quatre Livres de lectures, pour les enfants des campagnes, ont été adoptés dans toutes les écoles de Russie, laïques et ecclésiastiques. Ses Premiers contes populaires sont l'aliment de milliers d'âmes. «Dans le bas peuple, écrit Stephan Anikine, ancien député à la Douma, le nom de Tolstoï se confond avec l'idée de «livre». On peut souvent entendre un petit villageois demander naïvement, dans une bibliothèque: «Donnez-moi un bon livre, un tolstoïen!» (Il veut dire un livre épais).—(A la mémoire de Tolstoï, lectures faites à l'Aula de l'Université de Genève, le 7 décembre 1910.)

[201] Cet idéal de l'union fraternelle entre les hommes ne marque point pour Tolstoï le terme de l'activité humaine; son âme insatiable lui fait concevoir un idéal inconnu, au delà de l'amour: «Peut-être la science découvrira-t-elle, un jour, à l'art un idéal encore plus élevé, et l'art le réalisera.»

[202] A ces mêmes années appartient, comme date de publication et sans doute d'achèvement, une œuvre qui fut écrite, en réalité, au temps heureux des fiançailles et des premières années du mariage: la belle histoire d'un cheval, Kholstomier (1861-1886). Tolstoï en parle dans une lettre à Fet, de 1863. (Corresp. inéd., p. 35).—L'art du début, avec ses paysages fins, sa sympathie pénétrante des âmes, son humour, sa jeunesse, a de la parenté avec les œuvres de la maturité (Bonheur conjugal, Guerre et Paix). La fin macabre, les dernières page sur les cadavres comparés du vieux cheval et de son maître, sont d'une brutalité de réalisme qui sont les années après 1880.

[203] Sonate à Kreutzer, Puissance des Ténèbres.

[204] Le Temps, 29 août 1901.

[205] «Pour le style, lui disait son ami Droujinine, en 1856, vous êtes fortement illettré, parfois comme un novateur et un grand poète, parfois comme un officier qui écrit à son camarade. Ce que vous écrivez avec amour est admirable. Aussitôt que vous êtes indifférent, votre style s'embrouille et devient épouvantable.» (Trad. Bienstock, Vie et Œuvre.)

[206] Vie et Œuvre.—Pendant l'été de 1879, Tolstoï fut très intime avec les paysans; et Strakov nous dit qu'en dehors de la religion, «il s'intéressait beaucoup à la langue. Il commençait à sentir fortement la beauté de la langue du peuple. Chaque jour, il découvrait de nouveaux mots, et chaque jour il maltraitait davantage la langue littéraire.»

[207] Dans ses notes de lectures, entre 1860 et 1870, Tolstoï a écrit:

«Les Bylines... impression très grande.»