[63] En 1889, Tolstoï, écrivant une préface aux Souvenirs de Sébastopol par un officier d'artillerie, A.-J. Erchov, revint en pensée sur ces scènes. Tout souvenir héroïque en avait disparu. Il ne se rappelait plus que la peur qui dura sept mois,—la double peur: celle de la mort et celle de la honte,—l'horrible torture morale. Tous les exploits du siège, pour lui, se résumaient en ceci: avoir été de la chair à canon.

[64] Suarès: Tolstoï, éd. de l'Union pour l'Action morale, 1899 (réédité, aux Cahiers de la Quinzaine, sous le titre: Tolstoï vivant).

[65] Tourgueniev se plaint, dans une conversation, du «stupide orgueil nobiliaire de Tolstoï, de sa fanfaronnade de Junker».

[66] «Un trait de mon caractère, bon ou mauvais, mais qui me fut toujours propre, c'est que, malgré moi, je m'opposais toujours aux influences extérieures épidémiques... J'avais une répulsion pour le courant général.» (Lettre à P. Birukov.)

[67] Tourgueniev.

[68] Grigorovitch.

[69] Eugène Garchine: Souvenirs sur Tourgueniev, 1883. Voir Vie et Œuvre de Tolstoï par Birukov.

[70] La plus violente, qui amena entre eux une brouille décisive, eut lieu en 1861. Tourgueniev faisait montre de ses sentiments philanthropiques et parlait des œuvres de bienfaisance dont s'occupait sa fille. Rien n'irritait plus Tolstoï que la charité mondaine.

—«Je crois, dit-il, qu'une jeune fille bien habillée, qui tient sur ses genoux des guenilles sales et puantes, joue une scène théâtrale qui manque de sincérité.»

La discussion s'envenima. Tourgueniev, hors de lui, menaça Tolstoï de le souffleter. Tolstoï exigea une réparation, sur l'heure, un duel au fusil. Tourgueniev, qui avait aussitôt regretté son emportement, envoya une lettre d'excuses. Mais Tolstoï ne pardonna point. Près de vingt ans plus tard, comme on le verra par la suite, ce fut lui qui demanda pardon, en 1878, alors qu'il abjurait toute sa vie passée et humiliait à plaisir son orgueil devant Dieu.