Mais la tempête approchait, je ne devais plus longtemps échapper au péril qui me menaçait. Il me trouva de nouveau en faute et me donna ce qu'il appelait avec gravité un dernier avertissement. Mes yeux se remplirent de larmes, je tremblai en regardant le froncement sévère de sa vieille figure, et je compris que toute observation de ma part serait inutile.

La perspective de la punition me troubla si bien que je ne pus suivre mes leçons qu'avec la plus grande difficulté, et, le surlendemain, j'y renonçai complètement.

— Oh! oh! fit alors le vieux général, puisqu'il en est ainsi, ma petite Rosa, il faut en arriver à une bonne punition!

Sonnant alors Mme Mansell, il lui ordonna de préparer la chambre de punition et d'avertir les servantes de venir lorsqu'il les appellerait. « Je suis, ajouta-t-il, peiné de le dire, Mlle Rosa est si paresseuse et devient de jour en jour si inattentive à ses leçons, qu'elle doit être sévèrement réprimée dans son propre intérêt. »

— Et vous, méchante fille, me dit-il lorsque la gouvernante se fut retirée, allez dans votre chambre et réfléchissez aux conséquences de votre paresse.

Rouge d'indignation, de confusion et de honte, je courus à ma chambre où je m'enfermai au verrou, bien décidée à leur laisser enfoncer la porte avant de me soumettre à cette humiliation publique, devant les deux servantes. Je me jetai sur le lit et donnai libre cours à mes larmes, pendant deux heures au moins, croyant, de minute en minute, le moment fatal arrivé. Pourtant, comme personne ne venait me déranger, je conclus que mon grand-père avait simplement voulu m'effrayer et, sur cette idée, je tombai dans un sommeil réparateur. Je ne me réveillai qu'en entendant à travers la porte la voix de Jane qui me criait : « Mademoiselle Rosa! Mademoiselle Rosa! vous allez être en retard pour le dîner! »

— Je ne veux pas dîner, Jane, si je dois être punie ; allez-vous-en, laissez-moi, balbutiai-je à travers la serrure.

— Oh! mademoiselle Rosa, le général est resté au jardin tout l'après-midi, il a l'air de très bonne humeur, peut-être a-t-il tout oublié, ne le mettez pas en colère en n'étant pas prête pour le dîner, vite, laissez-moi entrer.

Alors, je tirai le verrou et me laissai habiller par elle.

— Allons, mademoiselle Rosa, souriez, n'ayez pas l'air triste, descendez comme si de rien n'était et tout sera probablement oublié, spécialement si, pour faire plaisir à votre grand-père, vous mettez à votre corsage ce joli petit bouquet, car vous ne l'avez jamais fait depuis le jour où il a dit que cela ferait ressortir votre teint.