— Madame Mansell, articula-t-il, donnez-lui une demi-douzaine de bonnes cinglées avec une verge neuve pour la finir et lui apprendre que, si elle peut épuiser un vieil homme comme moi, il reste dans la maison assez de bras solides pour mettre à la raison son impudent postérieur.
Obéissant à cet ordre, la gouvernante prit en main une verge fraîche et m'en donna délibérément sur les fesses en comptant d'une voix claire : Un, deux, trois, quatre, cinq, six. Quoique rudement appliqués, ses coups ne me meurtrirent pas aussi cruellement que ceux de Sir Eyre. « Là! me dit-elle, lorsqu'elle eut terminé, j'aurais pu frapper plus fort, mais j'ai eu pitié de vous, pour la première fois. »
Affreusement meurtrie, presque inanimée, il fallut que l'on me portât dans ma chambre. J'étais victorieuse, mais quelle victoire! Tout écorchée, toute saignante, j'avais en outre la certitude que le vieux général recommencerait à la première occasion favorable.
La pauvre Jane riait et pleurait à la fois au spectacle de mes fesses lacérées, qu'elle lavait tendrement avec de l'arnica et de l'eau fraîche ; elle semblait si accoutumée à ce travail que quand nous fûmes sur le point de nous coucher — je l'avais décidée à rester auprès de moi — je lui demandai si elle n'avait pas déjà souvent soigné des postérieurs fouettés.
— Oui, mademoiselle Rosa, répliqua-t-elle, mais vous me garderez le secret et aurez l'air de ne rien savoir. J'ai été fouettée moi-même et bien fort, quoique pas aussi cruellement que vous. Au bout d'une ou deux fois, on aime assez cela, surtout si l'on n'est pas trop durement cinglée. La prochaine fois, il faudra demander grâce de toutes vos forces, cela fait plaisir au général et apaise sa colère. Il était si épuisé de vous avoir fouettée que Mme Mansell voulait envoyer chercher le médecin, mais Jemima lui ayant dit qu'une bonne fessée lui vaudrait mieux et lui ferait descendre le sang de la tête, elles l'ont fustigé de bonne façon si bien qu'il est tout à fait revenu à lui, et a ordonné qu'on le laisse tranquille.
Ainsi se termina ma première leçon ; dans mes lettres suivantes, vous saurez ce qui m'arriva avec Jane, comment je continuai la lutte avec le général, mes aventures au pensionnat Flaybum et mes propres exploits depuis le jour où je devins ma maîtresse.
LETTRE II
Le lendemain matin, Jane et moi reprîmes notre conversation et en voici à peu près les termes :
Rosa. — Alors, Jane, vous avez été fouettée? Et pour quel motif?
Jane. — La première fois, ce fut pour avoir été vue marchant à côté d'un jeune homme en revenant de l'église. Le général prétendit que je n'étais pas du tout pieuse et que ma dévotion n'était qu'un prétexte à me promener avec des jeunes gens et qu'il fallait me guérir de cela sous peine de perdition.