Après trois jours de marche, en passant par la frontière de Turquie et Mingrélie, nous sommes arrivés sur une grande montagne, à une demi-lieue de la ville d'Anapa.
Quand j'ai aperçu, pour la première fois, la mer Noire, je pleurai beaucoup en disant: «Je vais traverser cette grande mer, je vais être privé, pour toujours, de ma malheureuse famille et de ma patrie!»
Je voyais les vaisseaux marchands en rade, qui nous attendaient. Enfin nous sommes arrivés, le soir, dans la ville. Le lendemain, nous sommes embarqués pour Constantinople. Après deux jours de traversée, je suis arrivé au passage des Dardanelles. Après, on nous a fait attendre quelques jours[39] à l'entrée des Dardanelles. Après, on nous a fait aller à Constantinople.
J'étais logé à côté de Sainte-Sophie. C'est la plus grande et plus riche des cathédrales de l'univers.
Cette cathédrale a été bâtie par les Arméniens, mais les Turcs s'en sont emparés.
J'ai resté à Constantinople six mois. Il était arrivé, de l'Égypte, à
Constantinople, un marchand appartenant à Sala-Bey, pour m'acheter.
C'est la dernière fois et la septième fois que j'étais vendu, depuis mon
malheur.
Quelques jours après, on m'a embarqué sur un vaisseau de marchand, au passage Dardanelles, et nous sommes partis pour Alexandrie, premier port de mer d'Égypte.
Après huit jours de traversée, nous sommes arrivés à Alexandrie. On nous a laissés dans la ville pendant deux jours, pour nous reposer. Après ça, on nous a embarqués sur des petits bateaux, que l'on appelle caïques, pour aller d'Alexandrie au Grand Caire, où était Sala-Bey.
Nous avons passé par le passage bien dangereux où le Nil rentre dans la mer Noire (sic), où les deux fleuves se cognent l'un contre l'autre: les grosses vagues sautent aussi haut que les maisons. Enfin, nous sommes passés sans danger.
Rien de joli comme le voyage d'Alexandrie au Grand Caire. On trouve, tout au long du Nil, les cannes à sucre plantées, les dattiers, les grenadiers.