Il me dit: «Parce que j'ai été nommé officier et j'ai dépensé votre argent pour acheter des chevaux.» Je lui dis: «Ce n'est pas pour me payer, mais ce n'est pas honnête de votre part de n'avoir pas fait la réponse de plusieurs lettres que je vous ai écrites!»

Ma femme, qui était à côté de moi, voulait changer la conversation, pour que nous ne parlions pas d'affaires aussi disputantes. Je lui dis avec regret qu'il faut pas qu'elle se mêle d'une affaire qu'elle ne connaissait pas, et elle entra dans sa chambre, et je dis à Mérat: «Par quel droit que vous gardez les soldes des Mameloucks depuis si longtemps? Vous êtes chez moi, à présent, vous ne sortirez de la maison sans me payer ce que vous me devez, sans cela je vous ferai arrêter par la Garde et je parlerai au maréchal Bessières (qui servait auprès de l'Empereur).» Il me dit: «Hé bien, j'ai trois cents francs. Ça vous paye aujourd'hui; le reste, je vous le payerai quand j'aurai de l'argent.» Je lui dis: «Je ne veux pas ça. Je prendrai les trois cents francs en compte, et vous allez me faire, sur le compte, un billet de votre main, sur le quartier-maître des Chasseurs de la Garde, payable cent francs par mois, à Monsieur ou à Madame Roustam, jusqu'à ce que les payements soient finis.»

Et j'ai reçu le tout, et j'ai demandé au maréchal Bessières mon congé absolu, qu'il m'a donné, et j'ai fait signer par les maréchaux et les généraux de la Garde et les colonels. Ma femme était enchantée que j'aie demandé mon congé, parce que je n'avais plus rien à faire avec le corps des Mameloucks.

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La même année, le dey d'Alger envoya plusieurs chevaux à l'Empereur, avec une paire de pistolets et une canardière toute enrichie de corail taillé, qui était dans la chambre de l'Empereur. Je voulais la remettre avec les autres dans son cabinet, mais monsieur Hébert, son premier valet de chambre, me dit: «Il faut pas entrer dans sa chambre sans prévenir l'Empereur!»

Le même jour, en conduisant l'Empereur dans son cabinet, il passe dans sa chambre; je lui dis:

«Sire, si votre Majesté veut, je remettrai les armes qui sont ici dans le cabinet de votre Majesté, avec les autres.» Il me dit: «Voyons, montre-les moi.» Il examine bien le fusil, et il me dit: «Tiens, je te le donne, et les pistolets aussi, car ils sont pareils. Porte ça dans ta chambre.»

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Ma femme était grosse de sept mois quand je suis parti pour la campagne de Prusse et de Pologne, qui a duré onze mois.

La première grande bataille a été donnée à Iéna, et toute l'armée prussienne, en quelques jours de temps, était détruite, mais avant la bataille, dans la nuit, l'Empereur voulait lui-même visiter les avant-postes, accompagné de deux maréchaux, le prince Borghèse, le maréchal Duroc, et moi qui le quittais jamais.