L'Empereur a visité l'aile gauche de l'armée, et il voulait passer par le devant des factionnaires pour aller visiter la droite. Un moment, nous étions arrivés tout-à-fait au bout, voilà que l'on fait un feu de file sur l'Empereur. On croyait que nous étions les ennemis. Nous avons tous cerné l'Empereur de tous les côtés, pour que les balles touchent pas à l'Empereur, et nous avons crié: «Cessez le feu, nous sommes Français!» Enfin, on fait cesser le feu, et nous sommes rentrés dans les rangs, sans avoir aucun danger.

L'Empereur a couché, dans la nuit, sur un plateau. Je lui ai donné un mouchoir pour mettre sur sa tête, et son manteau que j'avais toujours avec moi. J'ai arrangé un lit de paille dans sa baraque, et je l'ai couvert avec son manteau.

Et la bataille était commencée à sept heures du matin. Il faisait un brouillard très épais. On voyait pas clair, mais, vers les dix heures, nous avons eu un temps charmant.

Le jour de la bataille, l'Empereur a couché à Iéna même. Le lendemain, il a fait renvoyer tous les prisonniers chez eux, en leur disant: «Je ne fais pas la guerre contre les Saxons!» Et les Prussiens renvoyés dans l'intérieur de la France.

Quelques jours après, l'Empereur fait son entrée à Berlin, à la tête de toute sa Garde, et descendu au palais du Roi.

Après, nous sommes partis pour Varsovie, en passant par Posen.

Après avoir resté quelque temps à Varsovie, nous sommes partis pour Pultusk, où on a encore donné une bataille contre les Russes, que nous avons gagnée, et beaucoup de prisonniers et du canon.

Il faisait un temps affreux; tous les soldats se plaignaient du froid, mais pas autant qu'en Russie. C'est là que j'ai reçu une lettre de ma belle-mère. Elle m'annonçait l'accouchement de ma femme d'un garçon. Je pleurais de joie, j'étais content comme un roi d'avoir un garçon.

Le même jour, j'ai prévenu l'Empereur que ma femme était accouchée d'un garçon. Il me dit: «C'est bien, j'ai un Mamelouck de plus: il te remplacera, je l'espère!»

Et nous sommes partis pour Eylau, en Prusse, que nous avons eu encore une bataille, et nous avons gagné. Et nous avons pris vingt-cinq pièces de canon, pas beaucoup de prisonniers, mais beaucoup de morts. Les blessés qui se trouvaient sur le champ de bataille étaient cachés par la quantité de neige. On leur voyait que leurs têtes.