Il prend sa division et marcha directement sur le pont, en traversant dans la ville. Il a arrivé à son but et fait mettre le feu au pont.

Voilà donc l'armée de l'ennemi coupée en deux. Celle de la droite était presque détruite par le maréchal Ney.

Quand lui était avec une division sur le pont, les deux autres divisions étaient sur la droite. Il fait marcher au pas de charge, en face de la rivière. L'ennemi voulait passer le pont, mais il était déjà coupé. Il voulait, après, passer à la nage. Plus des trois quarts étaient noyés, en laissant, en grande partie, leurs canons et les bagages.

La victoire était tout-à-fait en notre pouvoir. Au même instant, l'Empereur fait venir encore le maréchal Ney, l'embrasse au bras le corps, en lui disant: «C'est bien, monsieur le maréchal; je suis fort content; vous nous avez gagné la bataille!» Le maréchal dit: «Sire, nous sommes Français, nous gagnerons toujours![91]»

Le soir, l'Empereur a fait établir son quartier général dans la ville de Friedland; le lendemain, l'Empereur a visité le champ de bataille et partit, le même jour, pour rejoindre le prince Murat, qui était aux avant-postes, à deux lieues de Tilsitt.

L'Empereur a couché aux avant-postes, dans une ferme.

Le lendemain, le prince Murat fait dire à l'Empereur que les ennemis étaient en bataille, au-devant de nous, avec cinq et six mille Kalmoucks et Baskirs, avec leurs flèches. L'Empereur dit: «Ce n'est rien.» Il fait donner ses ordres à une division de cuirassiers qu'il fait mettre leurs manteaux pour cacher leurs cuirasses. Les flèches mordront pas sur la cuirasse. Et il les fait marcher, sur-le-champ, à l'ennemi, commandés par le prince Murat. Il fait charger et fait disperser de tous les côtés, et poursuivre jusqu'à Tilsitt, où nous avons trouvé le pont brûlé par l'ennemi. On chercha à rétablir le pont.

Il vient d'arriver un prince russe auprès de l'Empereur Napoléon pour demander la paix. L'Empereur l'a bien reçu, mais il n'a pas voulu faire les arrangements avec lui, en lui disant: «Je veux faire mes arrangements avec l'empereur de Russie, et non pas avec d'autres.»

Ce prince est parti, le même jour, pour auprès de l'empereur de la
Russie, et nous sommes couchés dans le faubourg de Tilsitt.

Le lendemain, on a fait préparer une maison dans la ville, pour l'Empereur.