L'Empereur me dit, le soir: «Tu dois être content? Voilà ton ami réintégré!» Je le savais par le général Drouot qui avait bien voulu me le dire, en sortant du Conseil.
Ce fut dans ce voyage où l'Empereur monta, un jour, en calèche pour aller rejoindre le corps d'armée du maréchal Ney.
Sa Majesté avait, dans sa voiture, le prince de Neuchâtel. Je me présentais pour monter devant la voiture, comme de coutume, lorsque l'Empereur me dit: «Roustam, donne ta place à Murat, et toi, monte à cheval.»
Nous avons marché toute la journée et arrivâmes, le soir, fort tard.
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Un matin, à la Malmaison, l'Empereur faisait sa toilette, sa fenêtre donnait sur un petit canal, en face du château. Il y avait des cygnes. Sa Majesté me demanda sa carabine. Je la lui apportai. Il tira sur les cygnes. L'Impératrice était dans son boudoir, qui s'habillait. Elle entend le coup, elle accourt en chemise, et entortillée d'un grand schall. Elle saute après l'Empereur, en lui disant: «Bonaparte, ne tire pas après mes cygnes, je t'en prie!» L'Empereur persistait, en lui disant: «Joséphine, laisse-moi donc. Cela m'amuse.» Alors elle me prend par le bras et me dit: «Roustam, ne donne pas la carabine.» L'Empereur me dit: «Donne-la moi.» L'Impératrice me voit dans l'embarras et me retire la carabine des mains, qu'elle emporte.
L'Empereur riait comme un fou.
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Dans le même temps, l'Empereur fut à la chasse au Butard. Ensuite, il se promena dans le bois de Saint-Cucufa, où il y a un étang très profond. Sa Majesté désira se promener sur l'eau et me dit: «Va chercher le canot.» C'était la ville du Hâvre qui lui en avait fait présent. J'entre dans un petit bateau, le batelier me conduit au canot et, avant qu'il en fût assez près, je m'élançai. Le petit bateau chavira, et me voilà dans l'eau. J'allai au fond et je sentis la bourbe. Je donnai un coup de pied qui me fit revenir sur l'eau. L'Empereur me criait: «Roustam, sais-tu nager?—Non, lui disais-je.» Il dit, aussitôt, aux chasseurs qui l'accompagnaient: «Que ceux qui savent nager aillent vite au secours de Roustam!» Mais, à force de me débattre, j'attrapai le grand bateau et j'y entrai. Je regagnai le bord. Je vis plusieurs chasseurs qui avaient mis l'habit bas, tout disposés à me retirer.
L'Empereur me dit: «Comment ne sais-tu pas nager? Je veux que tu apprennes. Vas au château te rechanger.»