Je sortis donc de Paris avant l'entrée du Roi, et j'allai me réfugier à Dreux, où je passai quatre mois. Ma famille sollicita, deux mois après, le ministre de la police, pour qu'il m'accordât la permission de rentrer, ou, du moins, pour que ma rentrée à Paris eût son agrément. Et, deux mois après, il y consentit.

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Quelques jours avant l'accouchement de l'Impératrice, l'Empereur me sonnait plusieurs fois, la nuit, et m'envoyait savoir des nouvelles de Sa Majesté. Je me rendais auprès des femmes qui l'entouraient et je rendais compte à l'empereur des nouvelles qu'elles me donnaient. Mais, la nuit qui précéda le jour de son accouchement, l'Empereur passa la nuit auprès d'elle, la promenant dans sa chambre par le bras. Elle ressentait de légères douleurs.

Sur les six heures, elles se calmèrent et elle s'endormit. L'Empereur remonta chez lui et me dit: «Roustam, mon bain est-il prêt?—Oui, Sire, lui répondis-je.» Il s'y mit aussitôt et se fit servir son déjeuner, lorsqu'une demi-heure après, M. Dubois[104] se fit annoncer: «Vous voilà, Dubois! lui dit l'Empereur. Qu'y a-t-il de nouveau? Sera-ce pour aujourd'hui?—Oui, Sire, ce ne sera pas long, mais je désirerais que Votre Majesté ne descendît pas.—Mais pourquoi cela, Dubois?—Parce que la présence de Votre Majesté me gênerait.—Mais, pas du tout! Il faut que vous accouchiez l'Impératrice comme si vous accouchiez une paysanne et ne pas vous inquiéter de moi.—Mais, Sire, je préviens Votre Majesté que l'enfant se présente mal.» Alors l'Empereur lui demanda des explications là-dessus: «Eh! comment allez-vous faire?—Mais, Sire, je serai obligé de me servir de ferrements.—Ah! mon Dieu! dit l'Empereur effrayé, est-ce qu'il y aurait du danger?—Mais, Sire, il faut ménager l'un ou l'autre.—Eh bien, Dubois, ménagez d'abord la mère. Et descendez de suite, je vous suis.»

M. Dubois descendit par le petit escalier dérobé qui donnait dans la chambre de l'Impératrice.

L'Empereur sortit du bain précipitamment: à deux, nous lui passâmes ses vêtements. Il courut, de suite, à l'appartement de l'Impératrice, et je l'y suivis, impatient aussi de voir ce qui s'y passait.

Il entra dans la chambre de Sa Majesté. Tous les grands officiers de la Couronne y étaient déjà rendus et se répandaient jusque dans le grand salon, dont les portes étaient ouvertes. Cela ressemblait à un jour de fête. Moi, j'étais dans le boudoir qui donnait dans ce salon et dont la porte était ouverte aussi.

Enfin, l'enfant vint au monde et l'Empereur dit à madame de Montesquiou[105] qui le recevait: «Madame de Montesquiou, qui est-ce que c'est?—Sire, vous le saurez tout à l'heure.» Et l'Empereur le prit dans ses bras avant que d'être arrangé, et le montra à tout le monde.

L'Empereur sortit dans le salon et dit: «Messieurs, dites qu'on tire deux cents coups de canon.»

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