Quelques heures après, nous vîmes arriver tous ceux qui étaient restés en arrière, c'est-à-dire le Grand Maréchal, Lefebvre-Desnouettes, l'officier polonais, etc.
Nous partîmes pour Erfurt en passant par Dresde où M. de Saint-Aignan[112] était ambassadeur. L'Empereur lui fit dire de lui envoyer sa voiture à Erfurt, où l'Empereur s'arrêta, fit sa toilette et dîna.
Ensuite, M. de Saint-Aignan vint l'y rejoindre avec sa voiture.
L'Empereur y monta avec le Grand Écuyer, et nous partîmes pour Paris.
À Mayence, nous rencontrâmes M. de Montesquiou, officier d'ordonnance de Sa Majesté. L'Empereur lui dit: «Vous voilà, Montesquiou! Vous ne vous êtes guère dépêché!—Pardon, Sire, mais, par ce froid et le manque de chevaux…—Allons, il n'y a pas de mal à cela, nous voyagerons ensemble.»
À notre arrivée à Meaux, la voiture de Sa Majesté cassa. On prit donc le cabriolet du maître de poste, dans lequel l'Empereur monta avec M. de Caulaincourt, et me recommandant de monter dans une autre voiture, avec tous ses papiers.
Arrivés devant la grille des Tuileries, le factionnaire s'opposa à notre entrée et l'Empereur lui dit: «Comment, coquin, tu ne veux pas me laisser rentrer chez moi?» Il lui tira les oreilles. Enfin, il finit par le reconnaître[113].
Le soir, je déshabillai Sa Majesté. Aucun de ses valets de chambre n'était arrivé; il me dit alors: «Repose-toi quelques jours, Roustam, et dis à ton beau-père de venir près de moi.»
Le lendemain, en faisant sa toilette, Sa Majesté lui dit: «Roustam doit être bien fatigué; il faut qu'il ait une santé de fer!» Deux jours après, je repris mon service et je descendis, le matin, à sa toilette. Corvisart était présent: mon nez était devenu noir comme du charbon.
L'Empereur dit à M. Corvisart de me visiter le nez et lui demanda s'il n'y avait pas de danger. Après un sérieux examen, Corvisart s'écria: «Non, Sire, puis d'ailleurs, s'il tombe, nous le rattacherons!»