Ulm.—Nouveau danger couru par l'Empereur.—Mort du colonel Lacuée.—Construction de ponts sur le Danube.—L'île Lobau.—L'Empereur fait sa toilette en plein air.—Essling.—Mort du maréchal Lannes.—Douleur de Napoléon.—Ebersdorf.—Mon turban blanc sert de point de mire à l'ennemi et manque faire tuer l'Empereur à mes côtés.—Les cerfs de l'île Lobau.—Masséna blessé.—Wagram.—La voiture de Masséna traversée par un boulet.—Campagne de Russie: de Moscou à Molodetchno.—Les vivres de l'Empereur pillés par ses soldats.—Mot de lui à ce sujet.—L'Empereur et le maréchal Berthier.
À la bataille d'Ulm, l'Empereur était au milieu des balles et de la mitraille. Il était dans le plus grand danger. Le roi de Naples et le prince Berthier viennent prendre la bride de son cheval pour le faire éloigner du danger, en lui disant: «Sire ce n'est pas la place de Votre Majesté.» L'Empereur dit: «Ma place est partout. Laissez-moi tranquille. Murat, allez faire votre devoir.»
C'est le même soir, avant la bataille, que j'ai vu M. Lacuée[114], que j'ai connu beaucoup. Il avait quelque amitié pour moi.
Lacuée, colonel, était naguère aide-de-camp de l'Empereur. Grand, maigre, sec, figure intéressante. Avait été ami de Moreau et lui faisait des visites. De là sa disgrâce. De là son grade de colonel d'infanterie. C'est le matin de la bataille d'Ulm que Roustam le vit. L'Empereur passa devant le régiment, ne dit rien au colonel. Mais Roustam le regarde et le colonel s'avance: «Eh bien, colonel, vous nous avez quittés?—Mon cher Roustam, je me ferai connaître aujourd'hui à l'Empereur, vu que je me ferai tuer!»
Son régiment, corps d'armée du maréchal Ney. Pont à traverser. La bataille était à peine engagée. Le régiment de Lacuée était à la tête de pont. Le maréchal ordonne que le régiment s'empare du pont. Déjà le pont était traversé (ennemis autrichiens: commandant, le général Mack). À peine le pont passé, Lacuée est atteint d'une balle au milieu du front.
Le lendemain, Mack est blessé. L'Empereur, logé dans une abbaye, veut voir défiler les prisonniers.
Il était à une heure d'Ulm. Il charge Caulaincourt de choisir un paysan pour lui faire connaître le pays en se rendant à Ulm. Le paysan monte, mais un quart d'heure avant d'arriver, on s'aperçoit qu'il est étranger. Fureur de Caulaincourt qui fait administrer vingt-cinq coups de bâton au paysan. Indignation de Duroc, etc.
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L'Empereur arrive à Schœnbrunn. Les ennemis avaient brûlé les ponts de Vienne, sur le Danube. L'Empereur va visiter Ebersdorf, petit bourg sur le Danube. Il donne des ordres pour construire des ponts sur le Danube, en face d'Ebersdorf. L'Empereur, partant de Schœnbrunn, visitait tous les jours les travaux. Deux branches du Danube; deux ponts jetés dessus. Puis, île de Lobau. Puis un petit bras pour gagner la plaine. La bataille était engagée. Les Autrichiens ayant rompu des moulins et jeté à l'eau, ces moulins voguant rompirent nos ponts, et pas la moitié de notre armée était passée!
La veille, deux jours avant la bataille, l'Empereur quitte le quartier général et couche à Ebersdorf. Bataille engagée. L'Empereur était passé en personne avec ses aides-de-camp et faisait partie du tiers de l'armée.