—Je l'ai promis à Troop. Je suis sur la bascule. J'ai apporté les tailles avec moi. (Il regarda le carnet graisseux avec un air d'importance qui fit éclater de rire son père.) Il n'y a encore pas moins de trois… non… de deux cent quatre-vingt-quatorze ou quinze quintaux d'après mon calcul.
—Payez un remplaçant, suggéra Cheyne, pour voir ce que dirait Harvey.
—Je ne peux pas. Je suis le marqueur de taille de la goélette. Troop dit que j'ai meilleure tête que Dan pour les chiffres. Troop est un homme d'une justice étonnante.
—Mais, supposons que je ne puisse pas déplacer la Constance ce soir, comment vous arrangerez-vous?»
Harvey jeta un coup d'œil à l'horloge. Elle marquait onze heures vingt.
«Alors je dormirai ici jusqu'à trois heures et j'attraperai le train de quatre heures qui amène le fret. C'est une règle de nous laisser, nous autres hommes de la flottille, circuler gratis.
—C'est une idée. Mais je crois que nous pouvons faire arriver la Constance presque aussi vite que le fret de vos hommes. Vous feriez bien de vous coucher dès maintenant.»
Harvey s'étendit sur le sofa, secoua ses bottes, et s'endormit avant que son père eût pu tirer les écrans des lampes électriques. Cheyne s'assit pour contempler le jeune visage qui reposait à l'ombre du bras rejeté derrière la tête, et parmi tout ce qui lui passa par l'esprit, se présenta l'idée que, peut-être, il pouvait avoir négligé ses devoirs de père.
«Est-ce qu'on sait quand on court ses plus gros risques? dit-il. Cela aurait pu être pire que la noyade; mais je ne pense pas que cela le soit… non, je ne le pense pas. Si cela ne l'est pas, je ne suis pas assez riche pour payer Troop, voilà tout; et je ne pense pas que cela le soit.»
Le matin apporta par les fenêtres la fraîcheur de la brise de mer, la Constance fut remorquée sur une voie de côté parmi les wagons de fret jusqu'à Gloucester, et Harvey se trouva rendu à ses affaires.