—Vivant? dit Harvey.

—Mais non. Ils sont plutôt tant soit peu morts… et aplatis… et salés. Il y a trente tonnes de sel dans la soute; et nous n'avons guère fait jusqu'alors que couvrir notre fardage[2].

[2] Fardage: lit de fagots qu'on met à fond de cale pour garantir la marchandise de l'humidité.

—Mais où est le poisson?

—Dans la mer, dit-on; dans les bateaux, souhaite-t-on, répliqua Dan, citant un proverbe de pêcheur. Vous en aviez quarante avec vous quand vous êtes arrivé la nuit passée.»

Il désigna une sorte de parc en bois juste en face du gaillard d'arrière.

«Vous et moi il faudra que nous inondions cela à flots quand ils n'y seront plus. Dieu veuille que nous ayons les parcs pleins ce soir! A de certains jours nous sommes restés debout aux tables jusqu'à ce que nous nous entaillions nous-mêmes au lieu des morues, tant nous avions sommeil. Oui, les voilà qui reviennent.»

Dan regarda par-dessus les pavois peu élevés une demi-douzaine de doris en train de nager vers eux sur la mer luisante et soyeuse.

«Je n'ai jamais vu la mer d'aussi bas, dit Harvey. C'est superbe.»

Le soleil descendu à l'horizon couvrait l'eau de pourpre et de rose, allumait des lumières d'or au dos des longues houles, et en pommelait les creux d'ombres bleues et vertes. Il semblait que chacune des goélettes en vue tirât à elle ses doris par d'invisibles fils, et les petites figurines noires dans les bateaux minuscules se courbaient sur les avirons comme des jouets mécaniques.