«Mais, c'est des fraises! cria-t-il. Regarde!» L'hameçon s'était pris dans une touffe de fraises, rouges d'un côté et blanches de l'autre,—à la ressemblance parfaite du fruit de terre, sauf qu'il n'y avait pas de feuilles, et que la tige était tuyautée et visqueuse.

—N'y touche pas! Secoue-les. Non, ne…»

L'avertissement venait trop tard. Harvey les avait tirées de l'hameçon et les admirait.

«Oh, là là là là!» se mit-il à crier, comme il commençait à ressentir dans les doigts le même effet que s'il eût pris des orties à poignées.

—Maintenant, tu sais ce que ça veut dire, un fond de fraises. Il n'y a qu'au poisson qu'on devrait toucher les mains nues, dit papa. Secoue-les contre le plat-bord, et réamorce, Harvey. Cela ne t'avancera pas de regarder. Tout cela est compté dans le gage.»

Harvey sourit à la pensée de ses dix dollars et demi par mois, et se demanda ce que sa mère aurait dit si elle avait pu le voir penché par-dessus le bord d'un doris de pêche, en plein océan. Elle, qui souffrait toutes les agonies chaque fois qu'il sortait sur le lac Saranac! Et, en passant, Harvey se rappela nettement qu'il avait coutume de rire de ses appréhensions. Tout à coup, la ligne partit comme l'éclair entre ses doigts, les sciant même à travers les mitaines, ces mailles de laine qui sont censées les protéger.

«C'est un «logy». Donne-lui du jeu suivant sa force! cria Dan. Je vais t'aider.

—Non, je ne veux pas, haleta Harvey en se pendant à la ligne. C'est mon premier poisson. Est-ce… est-ce que c'est une baleine?

—Un flétan, peut-être bien.»

Dan chercha à voir dans l'eau et brandit le lourd «muckle», prêt à tout événement. Quelque chose de blanc et d'ovale voletait et tremblotait dans l'eau d'émeraude.