Et je considérai la chose sous plusieurs aspects.
Tout d’abord, j’eus quelque idée de régénérer la société, mais il me parut que cela demanderait plus d’un an, et d’ailleurs peut-être la Société n’en serait pas du tout reconnaissante.
Puis je songeai à une « noce » monumentale, mais je réfléchis que mes ressources à ce train-là ne pouvaient durer que trois mois, tandis que le mal aux cheveux en durerait neuf.
Alors entra en scène l’être que je déteste par excellence, un Globe-Trotter.
S’asseyant sur ma chaise, il éplucha l’Inde avec l’arrogance sans frein que confère un billet Cook pour cinq semaines.
Il était tout frais émoulu d’Angleterre et avait laissé choir tout ce qu’il avait de politesse dans le canal de Suez.
— Je vous assure, dit-il, que vous autres qui vivez en contact si intime avec la réalité des faits, vous ne sauriez vous former une opinion impartiale sur leur importance. Vous en êtes trop près. Tandis que moi…
Il eut un mouvement de main plein de modestie et me laissa le soin d’achever la phrase.
Je le considérai du haut en bas, depuis son casque neuf jusqu’à ses souliers de bain de mer, et je m’aperçus que ce n’était qu’un homme ordinaire.
Je pensai à l’Inde, à l’Inde calomniée et silencieuse, livrée aux pérégrinations déréglées de ses pareils, au pays dont les habitants ont trop à faire pour répondre aux propos où l’on travestit leur vie et leurs mœurs.