J’étais mort, et je considérais l’existence passée sans intérêt, sans attention.

C’était une vie étrange : l’avais-je vécue sept ans ou un jour, je ne savais plus.

Tout ce que je savais, c’était qu’il m’était permis de regarder les gens aller à leur bureau alors que je faisais la grasse matinée. C’était que je pouvais sortir à n’importe quelle heure de la journée et veiller jusqu’à n’importe quelle heure de la nuit, avec la certitude que le matin ne m’apporterait aucune besogne.

Je compris l’émotion qu’éprouve le condamné mis en liberté quand il regarde la prison qu’il a quittée, — sensation qui m’avait été jusqu’alors interdite.

Je vis en outre combien intense est l’égoïsme de l’homme qui n’a aucune responsabilité.

Certains disaient que l’année à venir serait une année de disette et de détresse, à cause de l’abondance déraisonnable des pluies.

Cela me faisait de la peine.

Je craignais que les Pluies ne coupassent la ligne ferrée qui conduit à la mer et qu’il ne s’ensuivît un retard dans ma mise en route.

En outre, ce serait une saison malsaine.

Je m’imaginais que peut-être la Nécessité regretterait son cadeau et que par pure plaisanterie elle m’effacerait de la surface terrestre avant que j’eusse vu quelque chose de ce qui s’y trouvait.