— Allez vous saponifier, car je hais Calcutta.

Mais au lieu de le faire, il m’emmena aux jardins d’Eden et me conjura, dans mon propre intérêt, de ne point entreprendre mon tour du monde dans ces idées préconçues.

J’étais malheureux et malade, mais il me jura que mon spleen était dû « à ce que je voyais toutes choses à travers les idées de Simla ».

Tout cet univers, qui est le nôtre, s’est fait une idée des jardins d’Eden. C’est le luxe doré de la capitale, pour tous ceux du Mofussil qui ne sont point initiés.

La vérité est qu’ils sont hideusement mornes.

Les indigènes s’y montrent en hauts de forme et habits noirs, et y vont et viennent, l’air lamentable, sous la lumière aveuglante de lampes électriques, à la flamme spasmodique, alors qu’ils devraient être assis en manches de chemise autour de petites tables et offrir à leurs femmes de la bière de conserve frappée.

Mon ami — c’était par une brumeuse soirée de mars — s’enveloppa des vêtements prescrits et dit gracieusement :

— Vous pouvez porter un chapeau rond, mais vous ne devez pas vous chausser de bains-de-mer. Puis, je vous en conjure, mon cher, ne fumez pas sur la Route Rouge. On y trouve tous les gens qu’on connaît.

La plupart des gens, qui étaient des personnages, étaient dans leurs voitures, roulant en dehors des jardins au milieu d’une atmosphère sentant la sueur de cheval, le harnais, le vernis de voiture.

Les autres, à pied, allaient et venaient, par deux ou trois, sur de l’herbe d’un vert flétri, jusqu’à ce qu’ils en eussent assez, pendant qu’un orchestre jouait pour eux.