Elle s’élevait sur un tertre vert, et au-dessous il y avait des rangées de magasins, de hangars, d’ateliers.

— Sous quel nouveau dieu, me demandai-je, nous trouvons-nous en ce moment, nous autres Anglais que rien n’arrête ?

— C’est le vieux Shway Dagone (prononcez Dagoné, et non Dagon comme pour le Dieu de la Bible) dit mon compagnon. Au diable soit-il !

Mais ce n’était point un dieu qui mérita l’anathème.

En premier lieu la merveille expliquait pourquoi nous avions pris Rangoon pour objectif, et en second lieu, pourquoi nous allâmes de l’avant afin de voir les autres trésors, les autres raretés qui pouvaient se trouver dans le pays.

Jusqu’au moment où je la vis, mes yeux ignorants ne trouvèrent pas grande différence d’aspect entre ce pays et les Sunderbuns, mais le dôme doré disait : « Ceci, c’est la Birmanie, et elle sera tout à fait différente de tout autre pays que vous connaissez ».

— C’est, à ce qu’il paraît, un sanctuaire fameux, dit mon compagnon, et maintenant que la ligne de Tounghoo à Mandalay est ouverte, les pèlerins accourent par milliers pour le voir. Il a perdu sa grosse extrémité dorée, — son ’htée comme ils l’appellent — par suite d’un tremblement de terre. C’est pourquoi ce sanctuaire est entouré d’une enveloppe de bambous sur un tiers de sa hauteur. Il faudrait que vous le voyiez quand il sera entièrement découvert. On est en train de le redorer.

Comment se fait-il que lorsque vous contemplez pour la première fois une des merveilles du monde, quelqu’un se trouve juste à point pour dire : « Il faudrait que vous voyiez cela quand… etc. » ?

De pareilles gens, si on leur laissait vingt minutes après la Résurrection, au Jugement Dernier, prendraient des airs protecteurs avec les pauvres âmes toutes nues, qui se redresseraient avec la lueur de Tophet sur la figure, et ils leur diraient :

— Il aurait fallu que vous voyiez cela quand Gabriel a sonné le premier coup de trompette.