Un sale petit lutin d’enfant passait, plus ou moins vêtu d’un putso en soie magnifiquement ouvrée, et tel que j’avais inutilement cherché à en trouver l’analogue à Rangoon.

Un assistant me dit qu’un article pareil coûterait cent dix roupies, — juste dix roupies de plus que le prix demandé à Rangoon, — après que je me fus montré peu courtois envers une jolie Birmane aux oreilles ornées de diamants, en la traitant comme si elle était une boutiquière de Delhi.

— Professeur, dis-je, lorsque l’appareil photographique sur ses pattes d’araignée parut au tournant de l’angle, il y a quelque malentendu sur ces gens-là. Ils ne travaillent pas. Ce ne sont point des dacoits et leurs babies ont des putsos de cent dix roupies sur le dos, si toutefois leurs parents ne mentent point. Je me demande comment ils gagnent leur vie.

— Ils vivent en beauté, dit le professeur, et je n’ai apporté qu’une demi-douzaine de plaques. Je reviendrai demain matin avec d’autres. Avez-vous jamais rêvé d’un endroit comme celui-ci ?

— Non, dis-je, c’est la perfection, et quand j’y passerais ma vie, je n’arriverais pas à voir où réside précisément ce qui en fait le charme.

— Dans cette indolence bestiale, dit le Professeur en repliant son appareil.

Et nous nous en allâmes à regret, poursuivis par les voix d’innombrables cloches qu’agitait le vent.

A moins de dix minutes de la Pagode, nous vîmes un véritable kiosque à musique anglais, un hangar étiqueté : Bureau municipal, une collection de mesquins bungalows qui s’efforcent, mais en vain, de gâter le paysage, et une troupe de soldats de Madras.

Je n’avais pas encore vu de soldats de Madras. Ils paraissent habillés exactement comme les Tommies et ont l’air très civilisé, très raffiné.

On dit qu’ils lisent des livres anglais et sont très ferrés sur leurs droits et privilèges.