Vous n’éprouvez aucune lassitude, et vous ne voudriez pas dormir. Vous êtes pénétré d’une divine somnolence, bien différente du lourd et morne engourdissement d’une chaude journée de dimanche, ou du repos affairé d’une matinée européenne.
Maintenant je commence à mépriser les romanciers qui parlent de siestes dans les climats froids.
Je connais le véritable sens de ce mot.
J’ai tâché de faire diverses emplettes, un sarong, qui n’est autre chose qu’un putso, qui n’est autre chose qu’un dhoti ; une pipe, et un « maudit kris malais ».
Les sarongs viennent presque tous d’Allemagne ; les pipes, de chez les prêteurs sur gages ; et en fait de kris, on ne voit guère que des espèces de petits cure-dents bien incapables de traverser le cuir d’un Malais.
Dans la ville indigène, j’ai trouvé une nombreuse armée de Chinois — je n’aurais pas cru qu’il y en eût autant, même en Chine — campée dans des rues et des maisons spacieuses, les uns expédiant à Singapour de l’étain en barres, d’autres conduisant de belles voitures, d’autres fabriquant des chaussures, des chaises, des habits, en un mot tout ce qu’on peut souhaiter dans une grande ville.
C’étaient les corps d’avant-garde de l’armée mongole en marche.
Les éclaireurs sont à Calcutta.
Il y a une colonne volante à Rangoon.