Lorsqu’on arrive dans une nouvelle station, la première chose à faire, c’est de rendre visite aux habitants.

J’avais négligé ce devoir, préférant fréquenter les Chinois jusqu’au dimanche, où Singapour, à ce qu’on me dit, allait aux Jardins botaniques et écoutait de la musique séculière.

C’était là que se réunissaient tous les Anglais de l’Ile.

Les Jardins botaniques auraient été charmants à Kew, mais ici, où tout le monde savait qu’ils étaient le seul endroit où pussent se distraire les habitants, ils n’avaient rien d’agréable.

Toutes les plantes des tropiques y croissaient pêle-mêle, et la serre des orchidées avait pour toit des lattes, juste assez pour empêcher l’action directe des rayons du soleil.

On y voyait des splendeurs d’un blanc de cire venant de Manille, des Philippines, de l’Afrique tropicale, plantes qui tenaient de la limace, et semblaient puiser leur nourriture dans leurs étiquettes de bois.

Mais il n’y avait aucune différence de température entre la serre aux orchidées et le plein air.

Ici comme là, elle était lourde, moite, chargée de vapeur.

J’aurais donné un mois d’appointements, — mais je n’ai point un mois d’appointements — pour une large aspiration du vent d’une chaleur étouffante qui vient des sables de Sirsa, pour les ténèbres d’un ouragan de poussière du Punjab, pour me changer des plantes toutes moites et des fougères arborescentes, dont la sueur coulait au point qu’on l’entendait.

Alors que je sentais plus que jamais la distance incommensurable qui me séparait de l’Inde, ma voiture s’avançait aux sons d’une musique lente et je me trouvai au milieu d’une station indienne, pas tout à fait aussi grande qu’Allahabad, mais infiniment plus jolie que Lucknow.