Les nôtres ne sont pas tout à fait de cette sorte.

Ils forment un corps d’élite, aussi soigneusement sarclé que le corps des fonctionnaires civils de l’Inde.

Plusieurs y ont des frères, et d’autres appartiennent à d’anciennes familles militaires de l’Inde.

Mais ils ne sont pas tous également bien payés.

Les journaux de Calcutta retentissent des gémissements des jeunes pilotes auxquels on ne permet pas le maniement de navires au-dessus d’un certain tonnage.

Comme chaque année on dépense moins d’argent à construire un grand steamer qu’à en bâtir deux petits, ces jeunes sont chassés par l’encombrement, et pendant que les anciens gagnent leur millier de roupies, il y en a parmi les jeunes qui, à la fin du mois, ont fait tout juste leurs trente roupies.

C’est un de leurs griefs, et il paraît bien fondé.

Dans les étages au-dessus de la salle des pilotes sont des bureaux où règne un silence de chapelle, tous somptueusement meublés, où des Anglais écrivent, téléphonent, télégraphient, où des Babous adroits sont sans cesse occupés à dresser la carte du changeant Hughli.

Tout espoir de comprendre quelque chose à l’œuvre des commissaires du port fait naufrage quand on le promène parmi les cartes du Port qui datent d’un quart de siècle.

Les hommes se sont joués avec l’Hughli comme des enfants avec le ruisseau d’une rue, et de son côté l’Hughli s’est soulevé une fois, et s’est joué avec les hommes et les navires au point que la Rive était couverte de débris et de carcasses de grands navires.