Il y a justement, en ce moment ici, une petite bagarre quelque part derrière le Bazar aux arcades qui, à la tombée de la nuit, se remplit de matelots doués d’un talent merveilleux pour se mettre à dos la population indigène.

Maintenir le bon ordre, c’est là naturellement une très faible partie de la tâche de la Police, mais c’est une partie fort difficile.

Le gros personnage qui est préposé au violon de Calcutta pour les ivrognes européens, — et le violon central de Calcutta vaut la peine d’être vu, — jouit, en ce moment même, d’un pouce luxé qui l’oblige en conséquence à faire la besogne de la main gauche.

Mais sa main gauche est merveilleusement persuasive, et quand il est de service, ses manches de chemise, relevées jusqu’à l’épaule, annoncent au jovial matelot qu’il n’aura pas de déception.

La tâche du préposé est compliquée de ce fait que la route qui mène le délinquant au violon traverse un petit jardin sauvage.

Les allées de briques sont creusées par les traces de bien des pas d’ivrognes.

Un homme peut vous y donner rudement de la peine en plantant ses orteils dans le sol et en s’accrochant à la masse confuse des arbrisseaux.

Un chemin tout droit serait bien plus avantageux tant pour le préposé que pour l’ivrogne.

En restant dans les généralités, et sur ce point l’expérience a donné à la Police des idées à peu près analogues dans tous les pays du monde, une femme ivre est bien plus difficile à manier qu’un homme ivre.

Elle égratigne et mord comme un Chinois. Elle jure comme plusieurs démons.