Le Policier a tenu parole. En moins de cinq minutes, comme il l’avait prédit, l’expédition était égarée comme elle ne l’avait jamais été.
— Où sommes-nous à présent ? — Quelque part sur la route de Chitpore, mais vous ne comprendriez pas si on vous le disait. Suivez-nous maintenant, et mettez bien exactement vos pas dans les nôtres. Il y a par ici de la saleté en quantité notable.
La nuit épaisse, graisseuse, enveloppe tout.
Nous avons dépassé les demeures ancestrales des Ghoses et des Boses, dépassé les becs de gaz, les odeurs, et la cohue de la route de Chitpore, et nous voici arrivés à un vaste fouillis de maisons serrées, un de ces amas de logements pleins de mystères et de complots, tel que l’eût aimé Dickens.
Ici il n’y a point de brise et l’air est sensiblement plus chaud.
Si Calcutta se donne un luxe tel que celui d’avoir des commissaires pour les égouts et le pavage, assurément ils doivent mourir avant d’en arriver là de leur tâche.
L’air est chargé d’une puanteur lourde, aigre, l’essence de toutes les horreurs laissées depuis longtemps à l’abandon, et cette odeur ne peut s’échapper d’entre les hautes maisons à trois étages.
— Ce quartier-ci, mon cher Monsieur, est un quartier parfaitement respectable, autant que peut l’être un quartier. La maison au bout de l’allée, avec ses ornements compliqués en stuc au fronton de la porte, a été bâtie il y a longtemps par une accoucheuse célèbre. Des personnes de distinction y habitaient jadis. Maintenant c’est le… Aha ! regardez-moi cette voiture !
Un vaste phaéton à impériale sort à grand fracas de l’obscurité et disparaît conduit avec une témérité de casse-cou.
On se demande comment il a pu seulement pénétrer dans ce labyrinthe de rues étroites, où personne ne semble se remuer, et où la sourde pulsation de la vie de la cité ne s’entend que faiblement et par intervalles incertains.