Que si elles sont jeunes et belles, elle fut aussi jeune et belle

Et alors terminera la leçon utile que donna sa vie

En leur disant qu’elles seront bientôt ce qu’elle est maintenant.

Voilà qui est bien, même après tant d’années, n’est-ce pas ? et qui ramène Lucia tout près de nous, en dépit de ce que la dernière génération s’est plu à qualifier de poésie montée sur des échasses, en parlant des vers d’autrefois.

Qui fera connaître les mérites de Lucia, morte en son printemps, avant même que la Gazette de Hickey existât pour enregistrer les divertissements de Calcutta et publier, avec de facétieux astérisques, les liaisons des chefs de ministères.

Quel fut l’homme de l’Inde Orientale, le personnage au gros ventre, qui fit remonter le fleuve à la « vierge vertueuse » et demanda à Lucia de « conclure l’affaire » selon le jargon social de l’époque, le premier, le second, le troisième jour après qu’elle fut arrivée ? Ou bien donna-t-elle, en compagnie de toute la troupe, un bal de vieilles filles, comme tentative suprême, conformément à l’usage du pays ?

Non. C’était une blonde fille du Kent, expédiée, moyennant la somme de cinq cents livres en monnaie anglaise, sous la protection du capitaine, pour épouser l’homme qu’elle avait choisi.

Et cet homme-là connaissait bien Clive, il avait eu affaire à Omichand, et causé avec les gens qui avaient survécu à la terrible nuit du Trou Noir.

C’était un homme riche, ainsi que le prouve la tombe presque ruinée de Lucia, et il donna à Lucia tout ce qu’elle pouvait désirer dans son cœur : un bateau peint en vert pour prendre l’air, le soir, sur le fleuve, de jeunes esclaves coffrees qui savaient jouer du cor français, et même aussi une voiture très élégante, très coquette, dont le dessus, de très noble style, était orné de fleurs d’un travail achevé, dix belles glaces très polies ornées de plusieurs jolis médaillons enrichis de nacre afin qu’elle pût faire sa promenade sur le Cours, ainsi qu’il convenait à l’épouse d’un courtier de commerce.

Il lui donna toutes ces choses.