Et lorsque les convois remontèrent le fleuve, que les canons tonnèrent, que les serviteurs de la très honorable compagnie des Mines Orientales burent à la santé du Roi, soyez certain que Lucia put faire, avant toutes les autres dames du Fort, son choix dans les étoffes tout récemment arrivées d’Angleterre, et que cela lui valut d’être cordialement détestée.
Tilly Kettle fit son portrait un peu avant qu’elle mourût.
De jeunes et bouillants écrivains se battirent en duel à l’épée dans les fossés du Fort à qui aurait l’honneur de la piloter dans un menuet au théâtre de Calcutta ou à la maison de Punch.
Mais ce fut Warren Hastings qui dansa à leur place et les écrivains furent confondus, depuis le premier jusqu’au dernier.
On lui porta des toasts bien loin en amont du fleuve.
Et le soir elle se promenait sur les bastions du Fort William, et disait : « Là ! je proteste ! »
Ce fut là qu’elle échangea des congratulations avec tous ses amis le 20 octobre, jour où ceux qui restaient en vie se réunirent pour se féliciter mutuellement d’avoir survécu à une autre saison chaude.
Les hommes, — le prudent courtier lui-même n’y trouva point à redire, — se grisèrent de la façon la plus royale, la plus anglaise, avec du Madère qui avait doublé deux fois le Cap.
Mais Lucia tomba malade, et le médecin, — celui qui retourna au pays avec cinq lakhs et demi, et un coin de ce vaste cimetière sur la conscience, — déclara que cette maladie était la pukka ou fièvre putride, et que l’organisme avait besoin d’être fortifié.
En conséquence, on nourrit Lucia de curries brûlants, de vin sucré, renforcé d’épices, pendant près d’une semaine.