Jowar Singh répondit : « De quoi s’agit-il ; et d’où venez-vous, Durga Dass ? »

Je repris : « De mon lit, où si longtemps je suis resté couché malade à cause du propriétaire. Où est Ram Dass, mon frère, qui devait tout arranger au sujet des témoins ? Sûrement, vous êtes au courant de ces choses, vous et les vôtres ! »

Sur quoi Jowar Singh dit : « Qu’est-ce que cela peut avoir à faire avec nous, ô Menteur ? J’ai déposé et j’ai été payé, et le propriétaire a, sur l’ordre du Tribunal, payé à la fois cinq cents roupies dont il avait dépouillé Ram Dass et cinq cents autres roupies à cause de la grande injure qu’il fit à votre frère. »

La citerne et le jujubier qui est au-dessus, ainsi que le carrefour d’Isser Jang, se brouillèrent dans mes yeux, mais je m’appuyai sur mon bâton, et dis : « Non ! Voici parler d’enfant, et sot par-dessus le marché. C’est moi qui ai souffert aux mains du propriétaire, et je suis venu préparer la cause. Où est mon frère Ram Dass ? »

Mais Jowar Singh hocha la tête, et une femme cria : « Quel est ce mensonge ? Quelle querelle eut donc le propriétaire avec vous, bunnia ? Il n’y a qu’un effronté et un homme sans foi pour profiter des blessures de son frère. Ces bunnias n’ont-ils donc point d’entrailles ? »

Je protestai de nouveau, disant : « Par la Vache — par le Serment de la Vache, par le Temple du Mahadeo à la Gorge Bleue, c’est moi, et moi seul, qu’on a battu — battu à mort ! Tâchez de parler droit, ô gens d’Isser Jang, et je paierai les témoins. » Et je chancelai sur place, attendu que le mal récent et la souffrance des coups reçus pesaient sur moi.

Alors Ram Narain, qui a son tapis étendu sous le jujubier près de la citerne, et écrit toutes les lettres pour les gens de la ville, s’approcha et dit : « Aujourd’hui est le quarante et unième jour depuis le méfait, et il y a six jours que la cause a été jugée devant le Tribunal, et l’Aide-Commissaire Sahib a prononcé le jugement en faveur de votre frère Ram Dass, reconnaissant le larcin au sujet duquel aussi j’ai déposé, et toutes les autres choses comme ont dit les témoins. Il y avait beaucoup de témoins, et par deux fois Ram Dass perdit connaissance au Tribunal, à cause de ses blessures ; et le Suppléant Sahib — le baba[30] Suppléant Sahib — lui fit donner une chaise devant tous les plaideurs. Pourquoi vous lamentez-vous, Durga Dass ? Ces choses se sont passées comme j’ai dit. N’en a-t-il pas été de la sorte ?

[30] Bébé. Il s’agit d’un tout jeune suppléant.

Et Jowar Singh de dire : « C’est la vérité. J’étais là, et il y avait un coussin rouge sur la chaise. »

Et Ram Narain d’ajouter : « Ce jugement a fait rejaillir une grande honte sur le propriétaire ; et, craignant sa colère, Ram Dass et toute sa maison sont retournés à Pali. Ram Dass nous a dit que vous aussi, vous étiez parti le premier, l’inimitié étant apaisée entre vous, pour ouvrir une boutique à Pali. A vrai dire, il serait préférable pour vous de partir sur l’heure, car le propriétaire a juré que, s’il en attrape un de votre maison, il le pendra par les talons à la poulie de la citerne, et, le faisant balancer, le battra à coups de bâton jusqu’à ce que le sang lui coule par les oreilles. Ce que j’ai dit au regard de la cause est vrai, comme les personnes ici présentes peuvent le certifier — même pour ce qui est des cinq cents roupies. »