Je dis : « C’était bien cinq cents ? » Et Kirpa Ram, le Jat[31], répliqua : « Cinq cents ; car j’ai déposé aussi. »

[31] Fermier.

Et je gémis, car il avait été dans mon cœur de ne dire que deux cents.

Alors, une nouvelle crainte s’empara de moi, et mes entrailles se tournèrent en eau, et, courant promptement à la maison de Ram Dass, je cherchai mes livres et mon argent dans le grand coffre de bois sous ma couchette. Il ne restait plus rien : pas la valeur d’un cauris. Tout avait été enlevé par le démon qui se prétendait mon frère. Je me rendis également à ma maison et ouvris les volets ; mais également là ne restait-il rien que les rats parmi les corbeilles de grain. Sur le moment ma raison m’abandonna ; et, déchirant mes vêtements, je courus à l’endroit où était la citerne, invoquant à grands cris la justice des Anglais contre mon frère Ram Dass, et, en ma démence, racontant à tous que mes livres de comptes étaient perdus. Quand les gens s’aperçurent que j’étais tout prêt à sauter dans la citerne, ils crurent à la vérité de mon langage ; surtout à cause que je portais encore sur le dos et le sein les marques des coups de bâton du propriétaire.

Jowar Singh, le menuisier, me retint, et me retournant dans ses mains — car c’était un homme très fort — montra les cicatrices que j’avais sur le corps, et se courba en deux, à force de rire, sur la margelle de la citerne. Il cria à tue-tête, si bien que tout le monde put entendre, du carrefour de la citerne au Caravansérail des Pèlerins : « Oh, oh ! Les chacals se sont querellés, et le gris a été pris au piège. En vérité, cet homme a été cruellement battu, et son frère a pris l’argent qu’alloua le Tribunal ! Oh, bunnia, vous n’êtes point prêt de voir taire cette histoire ! Les chacals se sont querellés, et, de plus, les livres de comptes sont au feu. O gens endettés vis-à-vis de Durga Dass — et je sais que vous êtes nombreux — les livres de comptes sont au feu !

Alors, tout Isser Jang répéta le cri que les livres étaient brûlés — Ahi ! Ahi ! j’avais, dans ma folie, laissé échapper cela de ma bouche — et on se mit à rire par toute la ville. Ils se servirent des insultes punjabi pour m’insulter, qui sont insultes terribles et on ne peut plus mordantes ; m’assaillant aussi à coups de bâtons et de bouses de vaches jusqu’à me faire tomber et crier grâce.

Ram Narain, l’écrivain public, les pria de finir, de peur que la chose ne s’ébruitât jusqu’à Montgomery, et que les gens de police ne vinssent procéder à une enquête. Il dit, faisant usage de maints vilains mots : « A ce degré de malheur j’aurai pitié de vous, Durga Dass, quoiqu’il n’y eut guère de pitié dans vos procédés vis-à-vis du fils de ma sœur au sujet de la génisse café au lait. Quelqu’un a-t-il un poney auquel il ne tienne pas, afin que ce gaillard-là puisse s’échapper ? Si le propriétaire apprend qu’un des jumeaux (et Dieu sait si c’en est un seul qu’il a battu ou bien les deux, mais cet homme a été certainement battu) est dans la ville, il se commettra un assassinat, et alors s’en viendra la police se livrer à l’enquête en la maison de chacun et passer la journée à manger la boutique du marchand de bonbons. »

Kirpa Ram, le Jat, dit : « J’ai un poney très malade. Mais à force de coups on peut le faire aller deux milles au pas. » S’il meurt, le corps sera pour les peaussiers.

Alors, Chumbo, le peaussier, dit : « Je paierai le corps trois annas, et marcherai aux côtés de cet homme jusqu’à ce que le poney meure. S’il y a plus de deux milles, je ne paierai que deux annas. »

Kirpa Ram dit : « Soit. » On amena le poney, et je demandai la permission de tirer un peu d’eau à la citerne, à cause que j’étais desséché de peur.