« Voyez donc ! dit-il au major. Pas besoin de demander à quelle famille appartient le petiot. C’est un pukka (vrai) Chinn. On dirait son père entre 1850 et 1860.
— Espérons qu’il aura le tir aussi juste, repartit le major. Il a apporté assez de ferblanterie avec lui.
— Ce ne serait pas un Chinn, s’il ne l’avait pas. Regardez-le se moucher. Le piton des Chinns ! Il agite son mouchoir comme son père. C’en est la seconde édition — mot pour mot.
— Un conte de fées, ma parole ! fit le major, en regardant à travers les lattes des jalousies. Si c’est l’héritier légitime de son père, il… Tenez, le vieux Chinn ne pouvait pas plus passer devant ce store sans le tripoter, que…
— Son fils ! repartit le colonel, en sursautant.
— Ah, par exemple ! » s’écria le major.
Le regard du jeune homme s’était arrêté sur un store de roseau fendu qui pendait de travers entre les piliers de la verandah, et machinalement il en avait saisi le bord pour le redresser. Le vieux Chinn avait maudit trois fois par jour ce store pendant nombre d’années ; il ne pouvait jamais l’avoir à sa satisfaction. Son fils pénétra dans le vestibule au milieu d’un silence ébahi. On lui fit bon accueil, d’abord à cause de son père, et, après examen, à cause de lui-même. Il ressemblait d’une façon ridicule au portrait du colonel, là, sur le mur, et lorsqu’il se fut un peu rincé la gorge, il gagna ses quartiers de ce pas de jungle, court et silencieux, propre à l’aîné.
« Parlez-moi d’hérédité, dit le major. C’est là le résultat de trois générations parmi les Bhils.
— Et les hommes le savent, dit un capitaine. Ils sont restés, la langue pendante, à attendre ce garçon-là. A moins qu’il ne leur donne littéralement des coups de bâton, voilà des gens qui vont se coucher dans la poussière par compagnies pour l’adorer.
— Rien comme d’avoir eu un père avant vous, repartit le major. Je suis un parvenu avec mes garnements. Il n’y a que vingt ans que je suis dans le régiment, et mon vénéré père n’était qu’un simple bourgeois. Il ne faut pas chercher à approfondir la pensée d’un Bhil. Mais pourquoi ce bijou de serviteur, que le jeune Chinn a amené avec lui, se sauve-t-il à travers la campagne avec son paquet ? »