Il s’avança dans la verandah, et cria après l’homme — un de ces serviteurs typiques de sous-lieutenant nouveau venu, qui parlent anglais et vous mettent dedans en proportion.
« Qu’est-ce qu’il y a ? cria-t-il.
— Plein de mauvaises gens, ici. Moi m’en aller, moussu, fut-il répondu. Eux avoir pris les clefs du Sahib et déclarer qu’ils vont tirer.
— Pas mal — c’est bien cela. Comme ils savent jouer du pied, ces brigands de par là-haut. C’est quelqu’un qui l’aura fait mourir de peur. »
Le major s’en alla en flânant regagner ses quartiers afin de s’habiller pour le repas du mess.
Le jeune Chinn, marchant comme un homme en rêve, avait fait le tour du cantonnement tout entier avant de gagner son minuscule cottage. Les quartiers du capitaine, dans lesquels il était né, le retinrent quelques moments ; ensuite, il regarda sur le terrain d’exercices le puits au bord duquel il s’asseyait le soir avec sa bonne, et l’église de dix pieds de large sur quatorze de long où les officiers se rendaient au service si quelque chapelain d’une religion officielle quelconque se trouvait passer par là. Tout cela paraissait fort petit, comparé aux gigantesques constructions sur lesquelles il avait coutume de lever le nez, mais c’était bien le même lieu.
De temps à autre il croisait un groupe de soldats silencieux qui saluaient. Tout aussi bien eût-on pu les prendre pour ces hommes qui l’avaient promené sur leur dos lorsqu’il étrennait sa première culotte. Une faible lueur brillait dans sa chambre ; au moment où il y entra, des mains lui étreignirent les pieds, et un murmure partit du sol.
« Qui est-ce ? demanda le jeune Chinn, sans savoir qu’il parlait en langue bhil.
— Je vous ai porté dans mes bras, Sahib, alors que j’étais un homme fort, et vous, un petit — qui pleurait, pleurait, pleurait ! Je suis votre serviteur, comme j’étais celui de votre père avant vous. Nous sommes tous vos serviteurs. »
Le jeune Chinn se sentit trop ému pour répondre, et la voix poursuivit :