« J’ai pris vos clefs à ce gras étranger, et l’ai renvoyé ; et les boutons sont à la chemise pour le mess. Qui saurait, si je ne sais pas ? Et ainsi, le bébé est devenu un homme, et oublie son père nourricier ; mais mon neveu sera là pour faire un bon serviteur, sans quoi je le battrai deux fois par jour. »

Alors se leva, dans un cliquetis de métal, aussi droit qu’une flèche bhil, un petit homme, une sorte de singe ratatiné aux cheveux blancs, la tunique chargée de médailles et d’ordres divers, balbutiant, saluant et tremblant. Derrière lui un jeune et nerveux Bhil, en uniforme, était en train de tirer les embauchoirs des bottes de mess de Chinn.

Les yeux de Chinn étaient remplis de larmes. Le vieux tendit les clefs.

« Les étrangers sont de vilaines gens. Il ne reviendra jamais. Nous sommes tous les serviteurs du fils de votre père. Le Sahib a-t-il oublié qui est-ce qui le porta pour voir le tigre pris au piège dans le village qui est de l’autre côté de la rivière, quand sa mère avait si peur, et qu’il était si brave ? »

La scène revint à l’esprit de Chinn en grands éclairs de lanterne magique.

« Bukta ! » s’écria-t-il.

Et tout d’une haleine :

« Vous promîtes qu’il ne m’arriverait pas de mal. Est-ce Bukta ? »

Pour la seconde fois l’homme était à ses pieds.

« Il n’a pas oublié. Il se souvient de son peuple comme s’en souvenait son père. Maintenant, je peux mourir. Mais, en attendant, je vivrai pour montrer au Sahib à tuer le tigre. Ce qui est là-bas, c’est mon neveu. S’il ne se montre pas bon serviteur, battez-le et envoyez-le-moi, et sûrement je le tuerai, car maintenant le Sahib est parmi son peuple. Ai, Baba Jan — baba Jan ! Mon baba Jan ! Je vais rester ici pour voir si cela fait bien son service. Enlève-lui ses bottes, imbécile. Asseyez-vous sur le lit, sahib, et laissez-moi vous regarder. C’est bien baba Jan ! »