« Et demain je retourne à ma demeure, dit Jan Chinn aux quelques fidèles que ni liqueurs ni repas copieux ni ganglions gonflés n’avaient invalidés. »

C’est aussi dur pour des sauvages que pour des enfants de se conduire avec déférence en tous temps vis-à-vis des idoles qu’ils se sont à eux-mêmes forgées, et ceux-ci avaient mené vie on ne peut plus joyeuse avec Jan Chinn. Mais l’allusion à sa demeure jeta un froid sur tout le monde.

« Et le sahib ne reviendra pas ? demanda celui qui avait été vacciné le premier.

— C’est à voir, répondit Jan Chinn avec circonspection.

— Alors, reviens comme un homme blanc — reviens comme le jeune homme que nous connaissons et aimons ; car, ainsi que toi seul le sais, nous sommes un peuple faible. Si nous revoyions ton — ton cheval —  »

Ils ramassaient leur courage.

« Je n’ai pas de cheval. Je suis venu à pied — avec Bukta là-bas. Qu’est-ce encore que cela ?

— Tu sais — la chose que tu as choisie pour chevaucher la nuit. »

Les petits hommes se tortillèrent de crainte et d’horreur.

« Chevaucher la nuit ? Bukta, qu’est-ce que c’est encore que cette histoire de revenants ? »