—Voilà qui est bien, dit le serpent. Maintenant, lorsque Karait a été tué, l’homme avait un bâton. Il peut l’avoir encore; mais, quand il viendra au bain, le matin, il ne l’aura pas. J’attendrai ici jusqu’à ce qu’il vienne... Nagaina... m’entendez-vous?... Je vais attendre ici, au frais, jusqu’au jour.

Aucune réponse ne vint du dehors, ce qui apprit à Rikki-tikki que Nagaina était partie. Nag se replia sur lui-même, anneau par anneau, tout autour du fond bombé de la jarre, et Rikki-tikki se tint tranquille comme la mort.

Au bout d’une heure, il commença à se mouvoir, muscle après muscle, vers la jarre. Nag était endormi, et Rikki-tikki contempla son grand dos, se demandant quelle serait la meilleure place pour une bonne prise.

—Si je ne lui brise pas les reins au premier saut, se dit Rikki, il pourra encore combattre; et... s’il combat... ô Rikki!

Il considéra l’épaisseur du cou au-dessous du capuchon, mais c’était trop pour lui; et une morsure près de la queue ne ferait que mettre Nag en fureur.

—Il faut que ce soit à la tête, dit-il enfin; à la tête au-dessus du capuchon; et, quand une fois je le tiendrai par là, il ne faudra plus le lâcher.

Alors, il sauta. La tête reposait un peu en dehors de la jarre, sous la courbe de sa panse; et, au moment où ses dents crochèrent, Rikki s’arc-bouta du dos à la convexité de la cruche d’argile pour clouer la tête à terre. Cela lui donna une seconde de prise qu’il employa de son mieux. Puis, il fut cogné de droite et de gauche comme un rat secoué par un chien—en avant et en arrière sur le plancher, en haut et en bas, et en rond en grands cercles; mais ses yeux étaient rouges, et il tenait bon tandis que le corps du serpent cinglait le plancher comme un fouet de charrue, renversant les ustensiles d’étain, la boîte à savon, la brosse à friction, et sonnait contre la paroi de métal de la baignoire. Tout en tenant, il resserrait l’étau de ses mâchoires car il se sentait sûr d’être assommé, et, pour l’honneur de la famille, il préférait qu’on le trouvât les dents fermées sur sa proie. Malade de vertige, moulu de coups, les chocs lui semblaient sur le point de le mettre en pièces, lorsque quelque chose partit comme un coup de tonnerre juste derrière lui, une rafale brûlante lui fit perdre connaissance et une flamme lui roussit le poil. L’homme avait été réveillé par le bruit, et avait déchargé les deux canons de son fusil sur Nag, juste derrière le capuchon.

Rikki-tikki, les yeux fermés, continuait à tenir bon, car, maintenant, il était tout à fait certain d’être mort; mais la tête ne bougeait plus, et l’homme, ramassant la mangouste, dit:

—C’est encore la mangouste, Alice; et c’est notre vie que le petit bonhomme a sauvée maintenant.

Alors, la mère de Teddy vint, le visage tout blanc, et contempla ce qui restait de Nag; et Rikki-tikki se traîna jusqu’à la chambre de Teddy, où il passa presque le reste de la nuit à se secouer délicatement pour découvrir s’il était vraiment brisé en quarante morceaux, comme il se l’imaginait.