— Maintenant je suis sûre que vous ne vous moquerez jamais de moi, continua-t-elle, après un long silence. Ni d’eux.

— Bonté divine ! Non ! m’écriai-je, rejeté en dehors de mon train de pensée. L’homme qui se moque d’un enfant — à moins que l’enfant ne soit en train de se moquer de lui — n’est qu’un païen !

— Ce n’est pas ce que je voulais dire, bien entendu. Vous n’iriez jamais vous moquer d’un enfant, mais j’ai pensé… j’ai toujours pensé… que peut-être vous pourriez vous moquer d’eux. Aussi maintenant vous demandé-je pardon… Qu’est-ce qui vous fait rire ?

Je n’avais émis le moindre son, mais elle devinait.

— L’idée que vous me demandez pardon. Si vous eussiez fait votre devoir comme soutien de l’État et propriétaire foncier, vous eussiez dû me citer en justice pour violation de propriété lorsque, l’autre jour, je traversai si lourdement vos bois. Ce fut honteux de ma part…, inexcusable.

Elle me regarda, la tête contre le tronc d’arbre — longuement et attentivement, — cette femme qui voyait l’âme nue.

— Comme c’est curieux ! murmura-t-elle à demi. Oui, curieux, oh, combien !

— Pourquoi ? Qu’ai-je fait ?

— Vous ne comprenez pas… et cependant vous avez compris à propos des Couleurs. Ne comprenez-vous pas ?

Elle parlait avec une passion que rien n’avait justifiée, et je la dévisageai avec effarement, tandis qu’elle se levait. Les enfants s’étaient rassemblés en cercle derrière un buisson de ronces. Une tête luisante s’inclinait sur quelque chose de plus petit, et la position des petites épaules me dit que les doigts étaient sur les lèvres. Eux aussi détenaient quelque redoutable secret d’enfant. Moi seul me trouvais là égaré sans ressource au grand soleil.