Lentement elle se pencha en avant et traça sur la couverture les contours de l’Œuf[36] même.
[36] L’auteur parle ici du halo qui entoure l’âme de tout être humain, et n’est visible qu’au regard spirituel de ceux qui suivent une certaine école de psychologie.
— Voici comme je les vois, dit-elle, en s’aidant d’une tige d’herbe : blanc, vert, jaune, rouge, pourpre, et, quand les gens sont fâchés ou méchants, du noir à travers le rouge, — comme vous venez d’être.
— Qui vous a parlé de cela… au début ? demandai-je.
— Des couleurs ? Personne. J’avais l’habitude, quand j’étais petite, de demander ce que c’était que les couleurs — dans les tapis de table, les rideaux, les carpettes, vous comprenez, — parce qu’il y a des couleurs qui me font mal et d’autres qui me rendent heureuse. On me le dit, et lorsque je fus plus grande, ce fut comme cela que je voyais les gens.
De nouveau elle traça les contours de l’Œuf qu’il est à fort peu d’entre nous donné de voir.
— Tout cela de vous-même ? répétai-je.
— Tout cela de moi-même. Il n’y avait personne autre. Je découvris seulement plus tard que les autres ne voyaient pas les Couleurs.
Elle s’appuya contre le tronc d’arbre, tressant et détressant des tiges d’herbe cueillies au hasard.
Dans le bois, les enfants s’étaient rapprochés. Je pouvais les voir, du coin de l’œil, folâtrer comme des écureuils.