Mrs. Madehurst rapprocha les paupières pour me regarder par-dessus le comptoir.
— Je ne sais si cela ne vous ouvre pas pour ainsi dire le cœur. Oui, cela vous ouvre le cœur. C’est là où perdre et porter reviennent au même en fin de compte, comme nous disons.
Or, la sagesse des vieilles femmes est plus grande que celle de tous les Pères de l’Église, et ce dernier oracle me plongea dans un tel monde de pensées tandis que je montais la route, que j’en écrasai presque une mère et son enfant au coin boisé près de la loge de concierge de la Maison de Beauté.
— Un affreux temps ! m’écriai-je en ralentissant pour prendre le tournant, au point de presque m’arrêter.
— Pas si mauvais, répondit-elle tranquillement du fond du brouillard. Le mien y est habitué. Vous trouverez les vôtres à la maison, j’imagine.
Dès que je fus entré, Madden me reçut avec une politesse toute professionnelle et d’aimables questions sur la santé de l’automobile, laquelle il allait mettre à couvert.
J’attendis dans un hall silencieux, de couleur brun doré, charmant de fleurs tardives et chauffé par un délicieux feu de bois, — lieu de bonne influence et de paix grande. (Hommes et femmes peuvent parfois, après un grand effort, venir à bout d’un mensonge honorable ; mais la maison, qui est leur temple, ne peut dire que la vérité sur ceux qui ont vécu dedans.) Une voiture d’enfant et une poupée gisaient sur le plancher noir et blanc, d’où un tapis avait été repoussé d’un coup de pied. Je sentis que les enfants venaient à l’instant de s’enfuir pour se cacher — fort vraisemblablement — dans les nombreux tournants du grand escalier dallé qui s’élevait majestueusement au fond du hall, ou pour se blottir à l’affût derrière les lions et les roses de la galerie sculptée là-haut. Alors, j’entendis au-dessus de moi sa voix, à elle, chanter comme chantent les aveugles, — du fond de l’âme :
In the pleasant orchard-closes…
Et tout mon été d’hier revint à l’appel.
In the pleasant orchard-closes