Elle donna, tout en parlant, une vigoureuse poussée à un wagon à destination de l’ouest, et recula avec un petit ronflement de surprise, attendu que ledit wagon se trouvait être un vieil ami — un wagon-couvert M. T. K.
— Le diable emporte mes roues motrices, mais c’est Catherine Couche-dehors ! Eh quoi, Catherine, il n’y a donc pas moyen de vous faire rentrer chez vous ? Il y a quarante locomotives de votre ligne plutôt qu’une à votre poursuite. Qu’est-ce qui vous détient actuellement ?
— Je voudrais bien le savoir, gémit Catherine Couche-dehors. J’appartiens à la Topeka, mais je suis allée aux Rapides des Cèdres ; je suis allée au Winnipeg ; je suis allée à Newport News ; je suis allée tout en bas du vieil Atlanta ainsi qu’à West Point ; et je suis allée à Buffalo. Il se peut que j’échoue à Haverstraw. Je ne suis restée dehors que dix mois, mais j’ai le mal du pays — ah, ce que j’ai le mal du pays !
— Essayez de Chicago, Catherine, dit la machine de manœuvre.
Et le vieux wagon délabré descendit cahin-caha la voie, en balbutiant :
— Je veux être au Kansas pour les soleils en fleur.
— Les voies sont pleines de Catherines Couche-dehors et de Juifs Errants, dit Poney à ·007 en manière d’explication. J’ai connu un vieux wagon-plat de Fitchburg, qui est resté dehors dix-sept mois ; et l’un des nôtres en est resté parti quinze, avant que nous en ayons retrouvé trace. Je ne sais vraiment pas comment nos hommes s’y prennent. On se les passe à la ronde, je me figure. En tout cas, moi, j’ai fait mon devoir. La voilà en route pour le Kansas, via Chicago ; mais je vous parie ma prochaine pleine chaudière qu’on la gardera là en attendant le bon plaisir du consignataire, et qu’elle nous sera renvoyée avec du blé à l’automne.
Au même moment passa la Consolidation de Pittsburg, à la tête d’une douzaine de wagons.
— Je rentre, fit-elle orgueilleusement.
— Vous n’arriverez jamais avec tous les douze sur le palier. Faites deux voyages, andouille ! cria Poney.